Sélestat est l’une des villes les plus riches et les moins connues d’Alsace. Sous-préfecture du Bas-Rhin nichée entre Strasbourg et Colmar, elle fut au XVIe siècle l’un des foyers intellectuels les plus actifs d’Europe, berceau de l’humanisme rhénan et ville d’accueil de l’une des écoles latines les plus réputées du continent.
La Bibliothèque Humaniste, un trésor mondial
La Bibliothèque Humaniste de Sélestat est installée depuis 1889 dans l’ancienne halle aux blés, construite entre 1843 et 1845 au cœur du centre-ville historique. Elle possède un fonds important de manuscrits médiévaux et d’imprimés des XVe et XVIe siècles, en particulier les quelque 670 volumes reliés en cuir de la bibliothèque personnelle de l’humaniste alsacien Beatus Rhenanus, inscrite en 2011 au Registre « Mémoire du monde » de l’UNESCO. Les collections sont aujourd’hui constituées de 460 manuscrits, de 550 incunables, c’est-à-dire des livres imprimés en Europe avant le 1er janvier 1501, et près de 2 500 imprimés du XVIe siècle.
C’est dans cette bibliothèque que se trouve l’un des exemplaires les plus précieux de l’histoire de la géographie mondiale : la Cosmographiae Introductio imprimée à Saint-Dié le 25 avril 1507, « acte de baptême » de l’Amérique, dont la Bibliothèque Humaniste conserve un exemplaire.
Une des premières mentions connues du nom « America » dans un document imprimé, conservée à Sélestat, une ville que beaucoup ignorent encore.
Beatus Rhenanus, l'humaniste qui légua tout
Beatus Rhenanus, grand humaniste sélestadien anobli par l’empereur Charles Quint et ami d’Érasme de Rotterdam, légua sa bibliothèque à la ville de Sélestat en 1547. On peut y parcourir son émouvant cahier d’écolier, témoignage intime d’un esprit qui allait devenir l’un des plus grands savants de son temps. En 1515, c’est Érasme lui-même qui composa l’éloge de Sélestat, signe du rayonnement exceptionnel de la cité à cette époque.
Et fait moins connu, Sélestat conserve la plus ancienne trace écrite de la tradition de l’arbre de Noël, datant de 1521, document lui aussi inscrit au Registre Mémoire du monde de l’UNESCO en 2017.
Deux églises, deux époques, un même dialogue
La ville abrite également deux remarquables édifices religieux qui se font face dans le tissu urbain. L’église Sainte-Foy, construite au XIe siècle dans un style roman par les moines bénédictins, est classée Monument Historique depuis 1862. Sa façade principale est dominée par deux immenses tours qui encadrent l’entrée de l’église.
L’église Saint-Georges, dont l’origine remonte à une chapelle baptismale du VIIIe siècle, déploie un style gothique aux inflexions romanes, témoignage des campagnes successives de sa construction entre le XIIIe et le XVe siècle.
crédit photo : Office du Tourisme de Sélestat
Son clocher, haut de soixante mètres, est l’un des plus élevés d’Alsace. Dans le narthex de Saint-Georges, une campagne de restauration a mis au jour les épitaphes de célèbres humanistes sélestadiens, parmi lesquels Beatus Rhenanus, Jacques Wimpfeling et Crato Hofmann.
Ces deux édifices sont reliés par un parcours de visite urbain balisé, accessible librement, qui permet de découvrir à pied les richesses patrimoniales de la cité en suivant un itinéraire thématique autour de l’humanisme rhénan et de l’histoire de la ville. Une façon simple et gratuite d’entrer dans l’une des grandes histoires intellectuelles de l’Europe.