Il y a des paysages qui donnent immédiatement envie de lever son verre. Celui qu’offre la Maison Meyer, domaine familial installé à Bergheim, en fait indéniablement partie.
Depuis fin juin, la maison a entrepris de transformer sa plus belle parcelle en véritable salon à ciel ouvert le temps d’un été, entre brunchs prolongés, ateliers de dégustation et apéritifs au coucher du soleil.
Une bonne partie de la saison s’est déjà écoulée, mais il reste, jusqu’à la mi-août, plusieurs occasions de venir profiter de ce rendez-vous devenu, années après années, l’un des moments forts du calendrier viticole alsacien.
Un promontoire rare sur le vignoble et la Forêt-Noire
Ce qui distingue cette parcelle des innombrables autres coins de vigne que compte la région, c’est d’abord sa position.
Nichée à Saint-Hippolyte, à deux pas de Bergheim, juste sous les remparts du château du Haut-Kœnigsbourg, elle domine un paysage qui s’étire des collines sous-vosgiennes jusqu’à la ligne bleutée de la Forêt-Noire, de l’autre côté du Rhin, par temps dégagé.
On y vient autant pour le panorama que pour le vin, et c’est précisément cette double promesse — un grand cru de paysage autant qu’un grand vin de terroir — que la Maison Meyer a choisi de mettre en scène tout au long de l’été, plutôt que de réserver cet écrin à de rares visites privées comme elle le faisait auparavant.
Déguster une cuvée du domaine en surplombant la route des Vins d’Alsace prend ici un tout autre relief que dans un caveau classique : le vin devient prétexte à contempler, et le paysage devient à son tour une clé de lecture du vin lui-même.
Trois façons de vivre l'été sur la parcelle
Plutôt que de proposer un format unique, la maison a construit sa saison autour de trois expériences bien différenciées, neuf dates au total réparties entre fin juin et la mi-août, chacune pensée pour un moment de la journée et une humeur particulière.
L’apéro au coucher du soleil
En fin d’après-midi, de 18h30 à 21h30, la parcelle se transforme en dancefloor à ciel ouvert : un DJ pose ses platines au milieu des rangs de vigne, pendant que la lumière rasante du soir vient éclairer les coteaux d’une teinte dorée particulièrement photogénique.
Le principe est simple et généreux à la fois — quatre verres à déguster entre les deux gammes de la maison, Sainte Joie et Arnta, un buffet composé de charcuteries et de fromages, et une touche finale de fruits pour clore le tout en douceur. Le tout est proposé à 25 euros, et il reste une date à cocher sur son agenda : celle du 13 août.
Le temps d’un brunch
Pour ceux qui préfèrent prolonger le plaisir plutôt que de le concentrer sur une soirée, le brunch dans les vignes s’étale sur près de quatre heures, de 11h30 à 15h30, en plein cœur du vignoble.
On y trouve de quoi satisfaire toutes les envies d’un déjeuner dominical généreux : jus de fruits frais, boissons chaudes, verres de vin, viennoiseries, charcuteries et fromages, dans un service pensé pour qu’on ne regarde jamais sa montre. Comptez 60 euros pour ce moment suspendu, dont la prochaine et dernière édition estivale est programmée le 16 août.
La dégustation comme initiation sensorielle
Le troisième format, plus resserré autour du vin lui-même, s’adresse à ceux qui veulent comprendre plutôt que simplement savourer. Cette dégustation immersive se tient elle aussi en fin d’après-midi, de 18h30 à 21h30, sous la forme d’un atelier convivial où l’on apprend à distinguer les arômes propres à chaque cépage et les nuances qui séparent les cuvées Sainte Joie des cuvées Arnta.
Dix verres accompagnent l’exercice, complétés par des plateaux de charcuterie et de fromage, pour un tarif de 45 euros. Rendez-vous est donné le 14 août pour cette dernière session de la saison.
Deux vignobles, deux philosophies, une même famille
Derrière ces trois formats se cache en réalité une seule et même exploitation, mais deux visions du vin qui cohabitent sans jamais se ressembler.
Sainte Joie porte l’ambition gastronomique de la maison : des sélections parcellaires travaillées avec minutie, des vins concentrés et précis, taillés pour dialoguer avec les grandes tables plutôt qu’avec un simple apéritif entre amis — une exigence qui explique pourquoi tant d’adresses étoilées ont fini par inscrire ces cuvées sur leur carte.
Arnta, à l’inverse, assume une philosophie beaucoup plus décomplexée : des vins sans sucre résiduel, faciles à boire, pensés pour être ouverts un mardi soir sans occasion particulière plutôt que gardés pour un jour spécial.
Les deux gammes partagent pourtant le même sol argilo-calcaire et granitique, les mêmes vignes centenaires cultivées en agriculture biologique et en biodynamie expérimentale — seule change la main qui les façonne ensuite en cave, selon qu’elle vise la précision d’un grand vin de gastronomie ou la spontanéité d’un vin de tous les jours.
Une histoire de famille et de patience
L’aventure n’a pourtant rien d’une success story instantanée. Tout commence en 1992, quand Hubert Meyer, en plus de ses nuits passées à l’usine, décide de planter quelques rangs de vigne sur un lopin de terre — un geste presque anodin à l’époque, mais qui allait poser la première pierre de ce qui deviendra, trois décennies plus tard, un domaine de plus de 32 hectares.
Ce sont aujourd’hui son fils Gilles, sa belle-fille Noémie Meyer Ferré et Claudine qui perpétuent et réinventent cet héritage, en le déclinant sur trois adresses : la boutique L’Écrin à Colmar, l’exploitation historique de Bergheim, et cette fameuse parcelle au pied du Haut-Kœnigsbourg qui, le temps d’un été, se transforme en véritable salle de réception à ciel ouvert.
De la vigne plantée à la lueur des lampadaires d’usine jusqu’aux DJ sets au coucher du soleil, la trajectoire de la Maison Meyer illustre à sa façon comment un terroir familial peut, une génération plus tard, devenir un rendez-vous incontournable de l’art de vivre alsacien.