Les légumes "Atypique"
Une place de choix pour les fruits et légumes déclassés
À l’heure où les restaurateurs doivent jongler entre inflation, contraintes réglementaires et attentes croissantes des consommateurs, une idée fait son chemin dans les cuisines alsaciennes : et si la solution se cachait dans les cagettes des producteurs ?
Les fruits et légumes déclassés — ces produits trop gros, trop petits ou légèrement biscornus pour les circuits classiques — trouvent aujourd’hui une place de choix dans les assiettes.
Et derrière ce mouvement, un nom revient souvent : Atypique, une jeune entreprise française qui a fait du gaspillage alimentaire son cheval de bataille.
Un contexte tendu pour la restauration
Depuis deux ans, le secteur de la restauration, en Alsace comme ailleurs, fait face à des défis multiples. Le coût des matières premières s’envole, les marges s’effritent, et la loi EGAlim impose désormais aux établissements publics et d’entreprise de servir au moins 50 % de produits durables, dont 20 % issus de l’agriculture biologique.
Entre la hausse des prix et les nouvelles exigences, il fallait trouver des solutions sans sacrifier la qualité . Les fruits et légumes déclassés sont de qualité égale, évitent le gaspillage et permettent de réaliser de sacrées économies dans un circuit souvent court.
Atypique, une entreprise pas comme les autres
Fondée en 2021 par Thibault Kibler et Simon Charmette, Atypique s’est donné pour mission de revaloriser les produits “hors calibre” issus de fermes françaises. L’entreprise achète directement aux producteurs des fruits et légumes que la grande distribution refuse, souvent pour une simple question d’apparence : une carotte un peu tordue, une pomme trop petite, une tomate fendue.
Ces produits, Atypique les revend à des restaurateurs, des cantines scolaires ou des entreprises de restauration collective, à des prix jusqu’à 50 % inférieurs à ceux du marché classique. Une solution vertueuse à tous les étages : les producteurs écoulent leurs invendus, les restaurateurs réduisent leurs coûts, et les convives savourent des produits locaux et de saison.
19 % d’économies et une meilleure image!
Selon une enquête menée par Atypique auprès de 100 professionnels de la restauration, les établissements réalisent en moyenne 19 % d’économies sur leur poste “fruits et légumes”. Ces marges sont souvent réinvesties dans des produits labellisés (BIO, HVE, Label Rouge), renforçant la cohérence de leur politique d’achat durable.
Pour 83 % des restaurateurs, ces achats les aident à respecter la loi EGAlim. Et 75 % affirment que cette démarche renforce leur stratégie RSE (Responsabilité sociétale des entreprises).
Un changement de regard sur le “moche”
Le consommateur veut du vrai, du local, du bon
Il y a dix ans encore, une pomme tachée ou une courgette tordue n’aurait jamais trouvé place dans une cuisine professionnelle. Aujourd’hui, les mentalités changent.
« Le consommateur veut du vrai, du local, du bon. Il se fiche que la carotte soit un peu tordue, tant qu’elle vient d’ici et qu’elle a du goût », résume Thibault Kibler, cofondateur d’Atypique. « Les fruits et légumes déclassés ne sont pas une solution de repli, mais une opportunité de transformation. Ils réconcilient rentabilité et durabilité, en redonnant du sens à chaque assiette servie. »
Dans les cuisines, ce regard nouveau s’accompagne d’une créativité renouvelée. Les chefs redécouvrent des variétés oubliées, adaptent leurs recettes et jouent sur la saisonnalité.
Moins de gaspillage, plus de résilience
Selon l’ADEME, près de 10 millions de tonnes de nourriture sont gaspillées chaque année en France, dont une partie importante issue de la production agricole. Les fruits et légumes, souvent refusés pour des critères esthétiques, représentent une part considérable de ce gâchis.
Atypique estime que ses actions ont déjà permis de sauver plusieurs milliers de tonnes de denrées en trois ans.
Des producteurs partenaires d’Atyppique témoignent:
Benjamin Cornillet – NEOFARM
« Le partenariat avec Atypique nous permet de mieux valoriser certains produits qui ne conviennent pas aux calibres ou aux attentes des canaux de distribution classiques, de participer à une démarche anti-gaspillage et de fournir des légumes locaux à d’autres clients tout en aidant la juste rémunération des fermes Neofarm. »
Les Vergers de Gallician
« Le partenariat avec Atypique nous permet de valoriser une certaine catégorie de marchandise ne rentrant pas dans les critères des cahiers des charges de nos clients distributeurs. Ainsi, grâce à Atypique, nous jetons moins de marchandise, comme les fruits trop mûrs naturellement sur l’arbre et/ou ayant des défauts d’épiderme, boisé naturellement par le frottement des branches ou feuilles. »
Cette logique circulaire réduit aussi l’empreinte carbone, en limitant les transports et le gaspillage énergétique liés à la destruction des invendus.
Une alimentation plus juste et plus proche
Moins de gaspillage, plus de valeur
Ce qui se joue derrière les cagettes d’Atypique, c’est bien plus qu’un marché de niche. C’est la redéfinition d’un modèle alimentaire.
En réintégrant les produits écartés des circuits traditionnels, les restaurateurs participent à une économie plus juste : moins de gaspillage, plus de valeur pour les producteurs, et des repas accessibles à tous.
Et le mouvement dépasse la restauration collective. Des chefs de restaurants gastronomiques s’y intéressent aussi car leur cuisine parle de terroir, de saison, de goût. Comment refuser alors une tomate parce qu’elle a une bosse ? Ce qui compte, c’est ce qu’elle raconte.
Un impact social et territorial
Au-delà de l’aspect environnemental, Atypique agit sur le tissu économique local. L’entreprise privilégie des producteurs français, souvent en circuits courts, et rémunérés à un prix équitable.
En Alsace, où les exploitations maraîchères sont nombreuses mais parfois fragilisées, cette approche séduit. Plusieurs structures de réinsertion ou d’inclusion par l’emploi collaborent déjà avec des distributeurs partenaires comme Atypique pour la logistique et le conditionnement comme l’association Les Retoqués, une conserverie anti-gaspi.
En savoir plus : les-retoques.fr
C’est une manière concrète de recréer du lien entre champs et assiettes, entre économie locale et responsabilité collective. L’Alsace a toujours eu ce goût du bon sens paysan.
Et si la révolution alimentaire commençait dans les champs alsaciens, avec une carotte un peu tordue ?
Vers un modèle qui inspire
Trois ans après sa création, Atypique compte plusieurs centaines de clients, des collectivités aux grandes entreprises, et poursuit sa croissance.
L’entreprise mise sur la formation et la pédagogie pour accompagner la transition. Elle propose aux restaurateurs des fiches techniques, des ateliers sur la gestion des approvisionnements durables, et même des outils de mesure de l’impact carbone.
Son ambition ? Faire des fruits et légumes déclassés une norme plutôt qu’une exception.
Un avenir prometteur
Alors que les débats sur le pouvoir d’achat et la transition écologique s’intensifient, l’exemple d’Atypique montre qu’une autre voie est possible. Une voie où l’économie rime avec écologie, où les assiettes racontent une histoire de territoire et de solidarité.
Fondée en 2021, Atypique est une entreprise française spécialisée dans la distribution de fruits et légumes déclassés. En achetant directement aux producteurs à un prix équitable, elle sauve des tonnes de produits écartés pour des raisons esthétiques.
Un modèle transparent et local
Ses produits, à 90 % labellisés (BIO ou HVE Haute Valeur Environnementale), sont proposés à des prix jusqu’à 50 % inférieurs aux circuits classiques.
Basée sur un modèle transparent et local, Atypique s’impose comme un acteur clé de la lutte contre le gaspillage alimentaire et de la transition vers une alimentation durable.
Photo : Simon Charmette et Thibault Kibler, les 2 fondateurs.