Ce n’est pas tous les jours qu’un objet du quotidien fête son centième anniversaire sans avoir perdu un gramme de sa force expressive.
Le vase Tourbillons de Lalique, créé en 1926 par Suzanne Lalique-Haviland, est de ceux-là : cent ans d’existence, des collections permanentes de musées à travers le monde, et une présence dans d’innombrables intérieurs depuis sa naissance dans la manufacture alsacienne de Wingen-sur-Moder.
Pour célébrer cet anniversaire exceptionnel, la Maison lance le 1er juin une nouvelle interprétation sublimée par une patine corail, déclinée en quatre formats dont une édition limitée à vingt-six exemplaires à la feuille d’or. Un centenaire à la hauteur de la légende.
Suzanne Lalique-Haviland, digne héritière
Derrière le vase Tourbillons, il y a une femme dont l’histoire mériterait d’être mieux connue. Suzanne Lalique est née le 4 mai 1892 à Paris, fille de René Lalique et d’Augustine-Alice Ledru, elle-même fille du sculpteur Auguste Ledru, ami de Rodin.
Grandir dans un tel foyer, entre un père de génie et une lignée d’artistes, aurait pu écraser un caractère moins affirmé. Ce ne fut pas le cas. Après le décès précoce de sa mère en 1909, son père l’incita à exprimer ses talents de dessinatrice et la sollicita régulièrement pour sa créativité et son jugement.
Prise en affection par Louise et Eugène Morand — futur directeur de l’École nationale des Arts décoratifs —, elle évolue dans un cadre quasi familial aux côtés de Paul Morand et Jean Giraudoux. Eugène Morand l’initie à la peinture à l’huile. Giraudoux lui fait découvrir les œuvres de Manet, avec ses noirs et ses gris dont elle jouera en virtuose dans ses compositions décoratives. Suzanne conçoit flacons et boîtes à poudre pour la Maison Lalique, crée pour la manufacture de Sèvres, seule ou en collaboration avec son père. En 1913, elle expose pour la première fois au Salon des artistes décorateurs des aquarelles et modèles pour impressions sur étoffes.
Par son mariage avec Paul Burty Haviland en 1917, Suzanne découvre une autre famille d’artistes : son mari est photographe, son beau-frère Franck Burty Haviland est peintre et ami de Picasso, et son beau-père Charles Edward Haviland est industriel de la porcelaine.
Illustratrice, décoratrice d’intérieur, artiste peintre et créatrice de costumes et décors pour la Comédie-Française, elle contribuera au cours de sa longue carrière à la création des décors et costumes de près de cinquante pièces de théâtre, jusque dans les années 1970. Elle mourra en 1989, à l’âge de quatre-vingt-seize ans, laissant une œuvre protéiforme et un vase devenu immortel.
Une naissance au sommet de l'Art Déco
Pour comprendre ce qu’est le vase Tourbillons, il faut comprendre le moment exact où il voit le jour. Nous sommes en 1926, soit un an après l’Exposition internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes de Paris — cette manifestation qui marque l’apogée de l’Art Déco et à laquelle René Lalique participe de façon monumentale, notamment avec la fontaine lumineuse en verre de plusieurs mètres de haut et les verreries de la porte d’honneur entre le Grand et le Petit Palais.
La Maison est au faîte de sa puissance créatrice, la manufacture de Wingen-sur-Moder tourne à plein régime depuis 1921, et Suzanne Lalique — qui n’a pas trente-cinq ans — dessine avec une liberté et une maturité qui stupéfient.
Inspiré par la délicatesse d’une fougère en éclosion, le motif abstrait du vase laisse une grande liberté d’interprétation. Graphiques et poétiques, les volutes cadencées de lumière sont un vertige de mille feux, absorbant sans effort le regard dans leur profondeur. Le musée des Beaux-Arts de Lyon, qui en conserve un exemplaire d’origine, souligne que les volutes en fort relief confèrent une dimension quasi sculpturale au vase, et que les spectaculaires différences d’épaisseur du verre nécessitaient pas moins de trois jours de recuit dégressif — une prouesse technique autant qu’artistique.
Ce qui s’impose alors dans le panorama décoratif de l’entre-deux-guerres, c’est une œuvre qui n’appartient pleinement ni à l’Art Nouveau ni à l’Art Déco, mais qui constitue en elle-même un langage singulier — celui de Suzanne Lalique.
Là où René explorait la sensualité du vivant, Suzanne introduit une forme de discipline visuelle : une composition de volutes maîtrisées, presque géométriques, qui évoquent le mouvement sans jamais tomber dans l’exubérance.
Un objet intemporel
L’histoire du vase Tourbillons depuis 1926 est elle-même une leçon sur la longévité des grandes œuvres.
À l’origine généralement produit en verre incolore émaillé noir, le vase était réalisé grâce à une technique précise : de la poudre de verre mélangée à un liant était appliquée au pinceau, puis le vase était recuit dans un four à basse température afin de fixer cet émail qui accentuait les motifs végétaux stylisés. Ce modèle sera produit jusqu’en 1951 avant d’être mis en sommeil.
Ce n’est qu’en 2005 que le modèle est repris en cristal, apportant bien plus d’éclat et de brillance à la pièce. Depuis, le vase Tourbillons a été revisité en petit et grand modèle ainsi qu’en différentes couleurs et finitions, inspirant également la création d’une coupe et d’un flacon à parfum.
Ce parcours — de la première édition en verre émaillé noir aux réinterprétations contemporaines en cristal teinté — dit quelque chose d’essentiel sur le génie de la création originale.
Une œuvre qui peut être déclinée, réinterprétée, colorée, agrandie, miniaturisée, sans jamais perdre sa force, c’est une œuvre qui possède une architecture profonde.
Aujourd’hui, des exemplaires du vase Tourbillons d’origine figurent dans les collections permanentes du musée des Arts Décoratifs de Paris, du musée des Beaux-Arts de Lyon, du musée Lalique d’Hakone au Japon et du musée Calouste Gulbenkian à Lisbonne. La manufacture de Wingen-sur-Moder, elle, n’a jamais cessé de tourner.
La nouvelle version corail
Pour marquer ce centenaire, Lalique aurait pu se contenter de ressortir les archives. La Maison a choisi de faire autre chose : créer. La nouvelle interprétation anniversaire est sublimée par une patine corail délicate et subtile, qui vient souligner les volutes du décor et créer un contraste doux et lumineux entre les reliefs saillants et les creux du motif.
Cette teinte chaude, entre le saumon et l’abricot nacré, entre en résonance immédiate avec les paysages alsaciens de début d’été — les roses de Wingen, les grès roses des Vosges du Nord — sans jamais paraître anecdotique.
Cette interprétation contemporaine fait écho à la version historique de 1926 lorsque le vase était réalisé en verre blanc émaillé noir : héritée des techniques colorielles chères à René Lalique, la patine s’impose comme un clin d’œil au savoir-faire ancestral de la Maison.
Chaque pièce est façonnée à la main dans la manufacture de Wingen-sur-Moder — la seule et unique manufacture Lalique au monde — où le travail minutieux du cristal fait se succéder les mains d’artisans dont les gestes transmis de génération en génération n’ont pas changé depuis un siècle.
Le contraste entre cristal satiné et repoli, caractéristique de la maison, met en valeur la profondeur des volutes et la vibration de la lumière selon l’angle et l’éclairage : un vase qui n’est jamais deux fois le même selon l’heure du jour.
Quatre formats pour un héritage vivant
La collection anniversaire se décline en quatre versions, du plus intime au plus monumental.
Le petit modèle (H 126 mm / D 122 mm, 1,43 kg) est celui qui se glisse sur une étagère, un bureau, une console — le compagnon discret d’un intérieur exigeant.
Le modèle moyen (H 208 mm / D 200 mm, 6,74 kg) est celui qui occupe un espace avec autorité sans l’écraser.
Le modèle XXL (H 267 mm / D 240 mm, 15 kg) est une présence sculpturale à part entière — moins un vase qu’une œuvre d’art posée dans un espace.
Enfin, pour les collectionneurs et les amateurs de pièces rares, une édition limitée à vingt-six exemplaires seulement du modèle XXL, rehaussé à la feuille d’or, sera disponible en exclusivité boutique.
Vingt-six pièces numérotées pour cent ans d’histoire — le chiffre fait directement écho à l’année de naissance du vase.
La collection est disponible dès le 1er juin 2026 dans les boutiques Lalique et sur lalique.com.
Pour les amoureux de l’Alsace et de son patrimoine verrier, un détour par le musée Lalique de Wingen-sur-Moder s’impose en parallèle : on y peut voir et comparer, côte à côte, un exemplaire d’origine en verre de 1926 et la version en cristal contemporaine — deux siècles de savoir-faire réconciliés dans une seule pièce.