La Cascade de Sotré

Article du 1 juin 2026

À Sainte-Marie-aux-Mines, dans la vallée des Échelles, la cascade de Sotré est l’une des plus belles et des moins connues d’Alsace. Accessible en une courte randonnée depuis le parking, elle dévoile ses eaux tumultueuses dans un cadre forestier frais et ombragé, véritable parenthèse bienvenue lors des grandes chaleurs estivales.

 

Le Val d’Argent, un sous-sol de légende

Ce secteur des Vosges fut pendant des siècles l’un des plus actifs d’Europe pour l’exploitation minière. Entre l’an 938 et 1940, plus de 1 100 mines au total furent creusées à Sainte-Marie-aux-Mines et ses environs, cumulant près de 300 kilomètres de galeries souterraines. Sur les 170 variétés minérales découvertes dans ces montagnes, l’homme exploita essentiellement les minerais d’argent, de plomb, de cuivre, de cobalt, de barytine et d’arsenic. 

En raison des mouvements tectoniques qui l’ont formé, le massif vosgien est traversé par de nombreuses failles géologiques, dont certaines se sont comblées avec des minerais. Entre 1512 et 1629, avec ses phases de recherche et d’abandon, de production et de déclin, 276 mines sont mises en exploitation, dont 24 produisent de l’argent, du cuivre et du plomb. 

L'âge d'or et la ruée vers l'argent

Le XVIe siècle marque l’âge d’or des mines d’argent. Entre 1500 et 1550, près de 3 000 mineurs germaniques viennent s’établir à Sainte-Marie-aux-Mines, et des cités minières sont construites à la Fouchelle, à Fertrupt et à Echery pour les loger. Ces mineurs arrivent de Saxe, de Forêt-Noire et du Tyrol. Leur arrivée provoque la germanisation partielle du Val d’Argent, jusqu’alors francophone, et la diffusion du protestantisme. En 1581, la découverte d’un bloc d’argent de 592 kilos dans le filon Saint-Jean-Engelsbourg illustre à elle seule la richesse extraordinaire de ce sous-sol vosgien.

Un héritage visible dans le paysage et l'architecture

Ce millénaire d’activité minière a profondément marqué le Val d’Argent. Le paysage est émaillé de plus d’un millier de haldes, terme désignant l’accumulation de roches stériles rejetées devant l’entrée des mines. Les maisons à tourelle construites au XVIe siècle hébergeaient les hauts responsables de l’administration minière et seigneuriale, représentatives d’un style architectural germanique sans équivalent sur le côté lorrain de la vallée. Sainte-Marie-aux-Mines a conservé 56 demeures de l’époque Renaissance, parmi lesquelles 12 maisons à tourelles. 

Vers la cascade, un écrin forestier intact

Aujourd’hui, la forêt a repris ses droits sur ces anciennes terres minières. Sainte-Marie-aux-Mines est devenue la première commune forestière d’Alsace avec près de 3 000 hectares de forêt entièrement situés sur son ban communal. C’est dans ce manteau de hêtres et de sapins que se cache la cascade de Sotré, dont le grondement s’entend avant même de la voir. Pour les passionnés d’histoire minière, l’ASEPAM propose par ailleurs des visites guidées des anciennes galeries d’argent, plongeant le visiteur dans les profondeurs d’un passé souterrain peu ordinaire.

 

 

crédit photo : Refuge du sotre via Facebook

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