Gourmandises d’automne

La torche aux marrons

La torche aux marrons (connue sous le nom de Mont-Blanc en France et de Monto Bianco en Italie) est sans doute l’un des desserts emblématiques des jours plus frais. Son origine remonte au XVe siècle en Italie, mais son parcours reste entouré de mystère. Introduite en Savoie avant de séduire Paris et les pâtissiers français, elle s’est imposée comme une création intemporelle.

Sa recette, restée étonnamment fidèle à sa forme d’origine, assemble une base de meringue ou de génoise, recouverte d’une épaisse couche de chantilly aérienne, elle-même couronnée de fins vermicelles de crème de marrons. Un voile de sucre glace vient parfaire l’illusion visuelle d’un sommet enneigé.

Cette simplicité apparente cache une richesse de textures : croquant, moelleux et fondant s’entrelacent à chaque bouchée.

En Alsace, ce dessert prend un charme particulier, car il évoque les montagnes vosgiennes enneigées et s’accorde parfaitement avec l’esprit de l’automne et de l’hiver. Encore aujourd’hui, la torche aux marrons demeure un plaisir irrésistible, apprécié autant pour sa légèreté que pour son caractère réconfortant.

Photo Wistub Brenner – Colmar

Les tartes aux fruits

Il est impensable d’évoquer l’automne en Alsace sans parler des tartes aux fruits, véritables symboles de la saison.

La tarte aux quetsches, notamment, occupe une place de choix dans les traditions régionales. Cueillies entre août et septembre, les quetsches alsaciennes prolongent leur présence sur les tables jusqu’aux premières brumes automnales. Leur chair acidulée se prête merveilleusement à la cuisson : disposées serrées sur une pâte fine et dorée, elles libèrent leur jus et forment une garniture fondante, légèrement caramélisée au bord. Un soupçon de cannelle, une fine meringue ou un streusel croustillant viennent parfois enrichir cette tarte rustique.

Au-delà du plaisir gustatif, les quetsches regorgent de vitamines, de fibres et d’antioxydants, soutenant ainsi l’organisme à l’approche de l’hiver.

Mais l’Alsace ne se limite pas à ce fruit : la tarte aux pommes, reine de l’automne, se décline en version simple, rustique ou enrichie d’un streusel gourmand. Les poires, quant à elles, apportent douceur et onctuosité, surtout lorsqu’elles se marient à une crème d’amandes ou à une touche de kirsch local.

Ces desserts, d’origine paysanne, sont indissociables du quotidien : servis à la fin d’un repas dominical, accompagnant un café fumant ou réconfortant petits et grands au goûter.

Le Bettelmann

Le Bettelmann, dont le nom signifie littéralement « le mendiant » en alsacien, illustre à merveille l’ingéniosité des cuisines paysannes.

Conçu à l’origine pour éviter le gaspillage, ce dessert transforme le pain rassis ou les brioches sèches en une préparation gourmande. Mélangé à du lait, des œufs, des pommes ou des cerises, et parfois relevé d’un soupçon de cannelle ou de vanille, ce pudding traditionnel est ensuite cuit au four jusqu’à obtenir une texture fondante et parfumée.

Sa simplicité en fait un dessert universel, transmis de génération en génération, adapté selon les saisons et les fruits disponibles.

En automne, il devient particulièrement réconfortant : il nourrit, réchauffe et offre un goût de nostalgie. Il incarne aussi l’esprit de sobriété et de créativité de la cuisine alsacienne, où l’on valorise chaque ingrédient et où rien n’est perdu.

Ce dessert, à la fois humble et généreux, est la preuve que les recettes les plus modestes peuvent devenir les plus emblématiques.

Le gâteau aux noix

Avec l’automne viennent aussi les noix, récoltées dans les campagnes alsaciennes dès le mois d’octobre.

Ces fruits secs inspirent naturellement les pâtissiers et ménagères, qui les transforment en gâteaux nourrissants et parfumés. Dense et moelleux, le gâteau aux noix célèbre un ingrédient riche en acides gras oméga-3, en vitamines et en minéraux.

Souvent sucré au miel ou parfumé d’épices douces comme la cannelle ou la muscade, ce gâteau offre un goût profond, à la fois rustique et raffiné. Il reflète les tables paysannes où les desserts avaient pour fonction de nourrir et de fortifier tout en apportant une touche de réconfort. Facile à conserver, il traverse les semaines d’automne et accompagne aussi bien un goûter familial qu’un café partagé.

Ce dessert illustre parfaitement comment un produit brut, issu directement de la nature, peut devenir un mets d’une grande richesse sensorielle et nutritionnelle.

L’Apfelstrudel

L’Apfelstrudel, héritage direct des cuisines germaniques, a trouvé sa place en Alsace dès le XVIII siècle, période où les influences autrichiennes et souabes traversaient la région.

Sa technique de préparation en fait une pâtisserie spectaculaire : la pâte, étirée à la main jusqu’à devenir fine comme une feuille de papier, enveloppe une garniture de pommes acidulées, de raisins secs gonflés dans le rhum ou l’eau tiède, de cannelle parfumée et parfois de chapelure dorée au beurre.

À la cuisson, le contraste entre la pâte croustillante et le cœur fruité offre une expérience unique. Longtemps réservé aux grandes occasions et aux goûters de fête, l’Apfelstrudel symbolise la rencontre des traditions culinaires germaniques et alsaciennes.

Derrière sa simplicité d’ingrédients se cache une véritable maîtrise technique, transmise de génération en génération. Aujourd’hui encore, il continue d’incarner l’élégance des desserts d’antan, tout en restant un classique indémodable.

L’esprit de la cueillette

L’automne en Alsace se vit panier à la main. C’est la saison où l’on redécouvre le plaisir de la cueillette : marcher dans les vergers, ramasser les fruits tombés, explorer les forêts ou visiter les exploitations ouvertes au public.

Manger local, retrouver la saisonnalité et partager ces moments avec les enfants permet de renouer avec des gestes simples, loin des rayons impersonnels des supermarchés.

Les occasions ne manquent pas : vergers ouverts où l’on récolte soi-même pommes, poires et prunes avant de payer au kilo; forêts et haies regorgeant de baies sauvages, de noix, de noisettes et de châtaignes (à condition de respecter propriétés privées et zones protégées); ou encore marchés d’automne, où producteurs et artisans dévoilent la richesse des récoltes.

La cueillette devient alors plus qu’une activité : un rite familial et culturel, où la nature offre généreusement ses trésors à qui sait les cueillir avec patience et respect.

Les vergers

De septembre à octobre, les vergers alsaciens débordent de fruits colorés.

La pomme, sans conteste la reine de l’automne, se décline en une multitude de variétés : acidulée et parfumée comme la Reinette grise, douce et sucrée comme la Golden d’Alsace, ou croquante et juteuse comme la Gala. Polyvalente, elle se prête à toutes les envies : croquée nature, cuite en compote, transformée en jus ou encore glissée dans une tarte rustique. Bien conservée dans un endroit frais et aéré, elle accompagne l’hiver jusqu’aux premières floraisons printanières.

La poire, plus délicate, se savoure surtout à la récolte. Selon les variétés – la Guyot précoce, la Williams rouge ou la Conférence tardive – elle révèle une chair fondante et parfumée, idéale pour des desserts gourmands. En Alsace, un simple quart de tour suffit à savoir si le fruit est mûr : s’il se détache sans effort, il est prêt à être cueilli.

Septembre marque aussi la fin de la saison des mirabelles, ces petits soleils dorés, tandis que les quetsches d’Alsace prennent le relais. Ces prunes violacées, à la fois douces et acidulées, s’invitent dans d’innombrables recettes, de la tarte paysanne aux confitures d’hiver.

Les raisins de table, comme le Chasselas Doré ou le Muscat d’Alsace, arrivent à maturité, leurs grains gorgés de sucre offrant un parfum inimitable.

Enfin, les coings, cueillis durs en octobre, se transforment en pâtes de fruits, gelées ou compotes, perpétuant une longue tradition des fermes alsaciennes.

Fruits secs et baies sauvages

À l’automne, les fruits secs et les baies sauvages entrent dans leur pleine saison et complètent l’abondance des vergers.

Les noix, récoltées dès septembre, se dégustent fraîches ou séchées. Elles sont également utilisées pour fabriquer l’huile de noix, riche en oméga-3 et prisée pour son goût subtil.

Les noisettes, quant à elles, apparaissent dès que leur enveloppe vire au brun : riches en lipides (près de 60 %), elles constituent une excellente source d’énergie, idéale pour affronter les premiers frimas.

Les châtaignes, attendues avec impatience, tombent dès que leurs bogues s’entrouvrent. Grillées sur le feu, réduites en farine sans gluten ou intégrées à des plats sucrés et salés, elles symbolisent l’automne dans sa version la plus conviviale.

Enfin, les haies et les lisières de forêts livrent leurs dernières petites baies : mûres tardives, grappes de sureau noir et cynorrhodons, les fameux « gratte-culs » riches en vitamine C (près de vingt fois plus qu’une orange).

Ces trésors sauvages, transformés en confitures, sirops ou tisanes, prolongent la saveur de l’automne jusque dans les mois les plus froids.

Notre sélection d’herbes fraîches pour desserts

Menthe

Toujours fidèle au jardin, la menthe reste vigoureuse jusqu’aux premières gelées, offrant ses feuilles vertes et parfumées aux cuisiniers créatifs. Son parfum vif et rafraîchissant se marie merveilleusement avec les fruits d’automne : pommes, poires, raisins et même figues.

Une salade de quetsches rôties à la cannelle s’illumine lorsqu’on y ajoute quelques feuilles hachées, qui apportent une note mentholée légère et élégante. Dans un chocolat chaud maison, la menthe fraîche rappelle les friandises de l’enfance, tandis que dans une crème glacée aux noix ou une panna cotta fruitée, elle apporte une dimension herbacée inattendue.

Ses multiples variétés – menthe poivrée, menthe verte, menthe pomme – permettent de varier les nuances gustatives, du plus vif au plus doux.

Verveine citronnelle

La verveine citronnelle, avec ses fines feuilles allongées, exhale un parfum citronné délicat et persistant. Elle reste exploitable jusqu’en octobre, et une simple infusion de ses feuilles suffit à parfumer un lait ou une crème.

Ce parfum aérien se marie idéalement à des desserts à base de fruits blancs ou jaunes : panna cotta, flan onctueux, crème légère ou sirop pour compote de pommes.

La verveine sublime aussi les pâtisseries plus rustiques, comme une tarte aux coings ou une gelée translucide, en apportant une touche de fraîcheur qui équilibre la richesse du fruit. Très utilisée dans les infusions digestives, elle est aussi réputée pour ses vertus apaisantes, ce qui fait d’elle une alliée gourmande et bien-être.

Mélisse (citronnelle)

Souvent plus discrète que la verveine, la mélisse (ou mélisse citronnelle) n’en est pas moins précieuse. Ses petites feuilles vert tendre dégagent un parfum frais, légèrement citronné, qui adoucit et équilibre les desserts fruités. Elle s’accorde parfaitement avec des poires pochées dans un sirop léger, une tarte fine aux pommes ou encore un clafoutis de mirabelles.

Plus douce que la verveine, elle apporte une note végétale subtile qui fait le lien entre l’acidité des fruits et la douceur des préparations. Sa finesse en fait une herbe idéale pour des créations raffinées, où l’on recherche un parfum discret plutôt qu’une intensité dominante.

En phytothérapie, la mélisse est reconnue pour ses propriétés calmantes, ce qui renforce son attrait dans des desserts du soir, après un dîner copieux.

Romarin

Arbuste emblématique du bassin méditerranéen, le romarin garde ses aiguilles odorantes toute l’année, même sous le froid automnal. Dans les desserts, il joue la carte de l’inattendu : quelques brins infusés dans une crème anglaise, dans un sirop de pochage ou dans une ganache transforment la douceur en expérience gustative complexe.

Sa note résineuse, presque balsamique, se marie particulièrement bien avec des fruits caramélisés, comme une tarte Tatin aux pommes ou des poires au vin rouge. Associé au miel, il dégage une intensité aromatique profonde, qui évoque les forêts de pins et les paysages méditerranéens.

Bien dosé, le romarin permet de sublimer les desserts d’automne en leur donnant une signature olfactive unique.

Thym citron

Moins puissant que le romarin mais tout aussi raffiné, le thym citron séduit par sa légèreté et son parfum citronné, délicatement floral. Sa subtilité en fait un compagnon idéal pour les fruits sucrés et juteux de la saison.

On l’apprécie avec des figues rôties au miel, une compote de prunes ou même un sorbet aux pommes. Fraîchement cueilli, il peut être ciselé sur une tarte rustique pour la transformer en une création subtile, où les saveurs s’équilibrent avec élégance.

Facile à cultiver en pot, il offre une ressource aromatique quasi immédiate pour rehausser un dessert improvisé.

Sauge

La sauge, avec ses larges feuilles argentées et veloutées, possède une saveur singulière, à la fois florale, légèrement camphrée et intensément aromatique. En pâtisserie, elle accompagne des desserts riches, où son parfum puissant équilibre la générosité des ingrédients.

Dans une tarte aux noix, un cake aux poires et chocolat ou une ganache dense, elle apporte une touche de sophistication inattendue. On peut aussi la préparer frite, pour en faire une décoration croustillante qui parfume autant qu’elle embellit l’assiette.

Symbole de sagesse et de longévité dans de nombreuses traditions, la sauge ancre les desserts d’automne dans une dimension à la fois gustative et symbolique.

Lavande

Récoltée en été puis séchée, la lavande garde tout son potentiel aromatique en automne. Ses fleurs, réduites en petits grains violets, s’incorporent à des sablés, des madeleines, des biscuits ou même à un sucre parfumé qui vient relever une tarte aux pommes.

Son goût marqué, à la fois floral et légèrement camphré, exige une grande parcimonie : quelques fleurs suffisent à transformer un dessert simple en expérience sensorielle mémorable. Elle évoque toujours le soleil et la chaleur estivale, même lorsqu’elle se glisse dans les douceurs automnales.

Son association avec le miel ou le chocolat blanc est particulièrement harmonieuse, donnant naissance à des mariages raffinés et inattendus.

Basilic pourpre

Plus rare en automne, le basilic pourpre impressionne par sa couleur sombre et sa saveur surprenante, à mi-chemin entre le parfum anisé et la fraîcheur poivrée. Ses feuilles profondes, presque violettes, apportent un éclat visuel remarquable aux desserts, en plus de leur parfum.

Il se marie à merveille avec une salade de figues et raisins, une panna cotta vanillée ou une confiture de prunes encore tiède. Son goût épicé crée un contraste raffiné avec les fruits sucrés et juteux de la saison, surprenant agréablement les palais.

Peu utilisé dans la pâtisserie traditionnelle, il s’impose aujourd’hui dans les créations contemporaines des chefs, qui apprécient son originalité et sa capacité à renouveler les accords sucrés.

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