À la rencontre
de nos rivières...

Les rivières sont des écosystèmes vivants, régulateurs, des refuges pour la biodiversité et sources de nourriture et de bien-être pour l’humain. Comprendre leur fonctionnement et leur fragilité, c’est saisir l’importance de préserver ces milieux essentiels à la vie.

Écosystèmes vivants

Les rivières sont des artères vitales pour la biodiversité, avec les étangs et les marais, ce sont des régulateurs d’équilibres naturels, et des garantes de la santé des paysages. Bien avant d’être foulées pour la pêche ou la détente, elles façonnent des habitats complexes qui abritent poissons, insectes aquatiques, amphibiens, plantes, petits mammifères et oiseaux. Chaque espèce joue un rôle clé dans ce réseau fragile et interdépendant, et ces écosystèmes d’eau douce comptent plus que jamais.

Pour que les poissons migrateurs puissent se reproduire, se nourrir et croître, il faut que les cours d’eau restent libres de leur parcours, que les sédiments circulent, que les berges gardent leur végétation naturelle. Dès 2000, cette notion a été formalisée par des mesures de politiques publiques, garantissant l’équilibre des milieux aquatiques.

Mais la pression humaine – aménagements, pollution, barrages, urbanisation – n’a jamais cessé de menacer ces milieux. Dernièrement, une vaste étude coordonnée au niveau européen a tenté d’alerter : bien que la biodiversité dans certains cours d’eau se soit améliorée entre 1968 et 2010, ce n’est plus le cas depuis, laissant craindre que de nombreux milieux n’aient pas retrouvé un état véritablement sain et d’autres soient en nette voie de dégradation. C’est pourquoi les initiatives de pêche raisonnée, valorisation de toutes les espèces, sensibilisation, prennent tout leur sens. Elles participent, non pas à une nostalgie, mais à une reconnexion aux systèmes du vivant. Car protéger la rivière, c’est préserver la vie qu’elle porte et, plus largement, celle qu’elle nourrit.

Une chaîne essentielle à l’humain

Les écosystèmes de rivière sont essentiels à la vie dans sa globalité. Ils assurent des fonctions vitales dont nous dépendons directement : ils filtrent l’eau en piégeant polluants et sédiments grâce à leurs plantes rivulaires, régulent naturellement les crues en absorbant et en ralentissant les flux, rechargent les nappes phréatiques et maintiennent des cycles hydrologiques stables. Leur biodiversité (poissons, insectes, plantes, amphibiens, micro-organismes) forme un réseau d’interactions qui garantit l’oxygénation, la décomposition de la matière organique et la purification continue de l’eau douce, ressource indispensable à l’agriculture, à l’alimentation et aux usages domestiques.

Les scientifiques ont également démontré que des rivières en bonne santé atténuent les effets du dérèglement climatique en stockant du carbone dans les zones humides et en créant des microclimats plus frais. Enfin, on peut également leur attribuer un rôle culturel, social et un effet sur l’état de bien-être indéniable, à travers ses paysages, ses loisirs associés, et l’identité locale. Autant de bénéfices inestimables, souvent invisibles, mais presque impossibles à remplacer lorsqu’un cours d’eau se détériore.

Le retour du castor

Clé de voûte de la biodiversité aquatique, le castor avait presque disparu de France en raison de la chasse, du piégeage et de la destruction des milieux humides. Mais les programmes de protection et de réintroduction menés depuis les années 1960 ont permis son retour dans de nombreux cours d’eau, observé des Hauts-de-France à l’Alsace.

Aujourd’hui, cet ingénieur de la nature recrée des zones humides, enrichit la biodiversité, améliore la qualité de l’eau et stabilise les berges. Sa présence est devenue un indicateur précieux de la bonne santé des écosystèmes et le symbole d’une nature capable de se régénérer lorsque les conditions lui sont favorables.

Les espèces sauvages d’Alsace

Les cours d’eau alsaciens, des petites rivières au Rhin, abritent une vraie richesse piscicole. Parmi les espèces emblématiques, on trouve le brochet, prédateur phare des eaux claires et lentes, l’anguille, migratrice catadrome dont les populations sont aujourd’hui fragiles, et le sandre, apprécié pour sa chair délicate. La carpe commune, le gardon, le barbeau et le chevesne ont su s’adapter aux rivières de plaine, tandis que la perche et le silure occupent les zones plus profondes et plus calmes. Ces poissons jouent un rôle écologique central. La présence de ces poissons indique également la qualité de l’eau et la bonne santé des habitats riverains.

Cependant, certaines espèces sont menacées. L’Anguille européenne, par exemple, est classée « en danger critique » par l’UICN, affectée par la pollution, les obstacles migratoires et la surpêche. D’autres, comme l’Esturgeon européen, ont disparu des rivières alsaciennes, victimes de la régulation des cours d’eau et de la dégradation des habitats. Les espèces introduites ou invasives, comme certaines carpes exotiques, peuvent aussi perturber l’équilibre des écosystèmes locaux.

Face à ces enjeux, la pêche responsable et la gestion durable des rivières sont essentielles, tant sur le plan écologique que gastronomique ; pour que ces poissons, qui alimentent nos recettes traditionnelles comme la Matelote de sandre ou la Truite meunière, ne disparaissent pas définitivement de la carte.

Jérémy Fuchs et la pêche responsable

Installé à Balgau, en Alsace, Jérémy Fuchs est aujourd’hui considéré comme le dernier pêcheur professionnel du Rhin, mais surtout comme un artisan engagé qui a relevé le flambeau d’une tradition presque disparue.

En 2019, il reprend l’activité des « Délices de nos Rivières », lancée en 1988 par Adrien Vonarb, et s’attache à valoriser la pêche douce en eau douce selon des principes de pêche responsable : filets à grandes mailles pour préserver les jeunes poissons, valorisation de l’ensemble de la biomasse, transformation artisanale en tourtes, terrines ou rillettes sans additif, vendues en direct ou en restauration.

Tous les matins, ou presque, il navigue sur le Rhin ou ses affluents pour relever ses filets (brochets, silures, carpes, anguilles, barbeaux, gardons…) et revendique un modèle durable : « vivre de la rivière, sans la vider ». Grâce à ses efforts, certains poissons d’eau douce naguère délaissés sont à nouveau proposés aux tables gastronomiques, donnant à des cuisiniers une matière première locale, fraîche et engagée. Ses partenaires restaurateurs, comme Enfin à Barr ou L’Alchemille à Kaysersberg, louent sa rigueur et la qualité de ses produits, mentionnant « des explications claires et précises ».

Jérémy Fuchs incarne la renaissance de la pêche artisanale en Alsace, entre tradition, respect de l’environnement et exigence gastronomique. Un homme d’eau et de métier, convaincu qu’on peut consommer local sans sacrifier la biodiversité.

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