Mondial du Rhum Awards 2026 :
premières distinctions

Article du 1 août 2026

En juin dernier, le Carreau du Temple, à Paris, a une nouvelle fois accueilli l’écosystème mondial du rhum pour la troisième édition du Mondial du Rhum.

Mais cette année, l’événement a marqué un tournant dans son histoire : pour la première fois, ce ne sont pas des bouteilles qui ont été primées, mais des terres entières, avec leurs producteurs, leurs savoir-faire et leurs trajectoires.

Quatre territoires ont ainsi reçu, en partenariat avec le guide Gault & Millau, les tout premiers Mondial du Rhum Awards.

Un salon devenu le rendez-vous mondial de la filière

Placée sous le thème « Terres et Territoires du Rhum » et sous le Haut Patronage du président de la République, cette édition 2026 a réuni plus de 3 000 participants et des délégations venues de plus de vingt-cinq pays, autour d’Haïti, invitée d’honneur de l’année.

Loin de se limiter à un salon de dégustation, l’événement a proposé pendant trois jours conférences, masterclass, rencontres professionnelles, mais aussi une dimension culturelle assumée : un défilé de haute couture caribéenne signé Helmer Joseph, ou encore une programmation gastronomique confiée à des chefs ultramarins, à l’image du Guadeloupéen Rémi Braflan, qui officie habituellement à la table bistronomique La Machine à Coudes, à Boulogne-Billancourt.

De quoi illustrer, au-delà du seul spiritueux, tout un art de vivre porté par les territoires producteurs.

Quatre récompenses pour quatre visions du rhum

Les Mondial du Rhum Awards se distinguent justement par ce parti pris : ne récompenser ni une bouteille ni une note de dégustation, mais un territoire dans son ensemble, à condition qu’il soit physiquement représenté sur le salon.

Quatre distinctions ont été décernées, chacune correspondant à l’une des dimensions fondatrices de ce que les organisateurs appellent l’Écosystème Rhum.

Le Grand Prix Terroir est revenu à Haïti, remis par Hervé Novelli et Olivier Jacob. Le pays est distingué pour l’une des plus anciennes traditions rhumières au monde : dès le XVIIIe siècle, à l’époque où la colonie de Saint-Domingue dominait à elle seule près de 40 % de la production sucrière caribéenne, coexistaient déjà une production industrielle qui allait devenir centenaire et la distillation ancestrale du clairin, réalisée à feu nu dans de petites guildives artisanales — une méthode que plus de 500 micro-distilleries haïtiennes perpétuent encore aujourd’hui. Sur place, l’ambassadeur d’Haïti en France, Louino Volcy, avait salué à l’ouverture du salon l’authenticité d’un savoir-faire transmis de génération en génération et le rôle économique local de cette filière pour tout un pays.

La distinction Innovation a été attribuée à la Corse, remise par Franck Tesson et Juliette Maisonneuve, pour saluer le pari du domaine de Padulone : cultiver de la canne à sucre en climat méditerranéen, une expérimentation lancée en 2022 et conduite sous irrigation maîtrisée. Un choix qui tranche radicalement avec les terroirs tropicaux habituellement associés au rhum, et qui démontre que la culture de la canne peut s’aventurer bien au-delà de sa zone de confort naturelle.

La Polynésie française a reçu la distinction Durabilité & Impact, remise par Yves Jégo, Laurent Sorel et Nicolas Beaubrun, pour le développement d’une filière rhum pur jus de canne fondée sur des variétés indigènes et une gestion agro-écologique du territoire. Une reconnaissance qui s’inscrit dans la continuité de l’engagement de longue date de producteurs polynésiens présents depuis la toute première édition du salon.

La Guadeloupe, enfin, a décroché la distinction Spiritourisme, remise par Olivier Jacob et Hervé Novelli, saluant son ambition de devenir le territoire pilote du spiritourisme français, en lien avec le futur Laboratoire national Spiritourisme France — un projet dont le lancement a justement été évoqué lors de cette édition 2026, porté notamment par le Conseil Supérieur de l’Œnotourisme que préside Hervé Novelli.

Gault&Millau, partenaire gastronomique du salon

Cette dimension culinaire doit beaucoup à la présence de Gault & Millau, partenaire majeur du Mondial du Rhum depuis plusieurs éditions et coorganisateur, cette année, des tout premiers Mondial du Rhum Awards.

Le guide gastronomique a notamment orchestré la « Croisière Culinaire », une sélection de neuf chefs toqués venus faire dialoguer leur cuisine avec l’univers du rhum le temps du salon.

Aux côtés de Rémi Braflan (La Machine à Coudes, Paris), déjà cité plus haut, figuraient ainsi Pascal Barbot, de L’Astrance à Paris, Alan Geaam, de son restaurant éponyme parisien, Gaëtan Evrard, de L’Évidence à Montbazon, Manogeran Sashitaran, du restaurant Mantra à Paris, Tessa Ponzo, de l’Irwin parisien, Arthur Dubois, de la Maison Dubois à Paris, Edgar Bosquez, du restaurant marseillais Ekume, et Indra Carrillo, de La Condesa à Paris.

Une brochette de tables aussi bien étoilées que résolument contemporaines, réunies pour l’occasion autour d’un même produit — preuve que le rhum a désormais toute sa place dans les cuisines les plus pointues de la capitale et d’ailleurs, bien au-delà du seul rayon spiritueux.

Ce rapprochement entre un guide historiquement tourné vers la table et un salon dédié aux territoires du rhum illustre bien la philosophie de l’événement : traiter le rhum comme un sujet de gastronomie et de culture à part entière, au même titre qu’un grand cru ou qu’un produit de terroir, plutôt que comme un simple spiritueux de bar.

Des territoires vivants plutôt que des flacons

En choisissant de récompenser des planteurs, des distillateurs, des guides, des mixologues, des restaurateurs et jusqu’à des jeunes en apprentissage plutôt que des bouteilles, le Mondial du Rhum affirme une ambition qui dépasse le seul salon professionnel : faire du rhum un marqueur culturel et économique à part entière pour les territoires qui le produisent.

Ce parti pris rejoint d’ailleurs la logique du partenariat avec Gault & Millau : chefs, mixologues et producteurs sont ici traités comme les maillons d’une même chaîne de valeur, où la reconnaissance d’un terroir compte autant que celle d’une recette ou d’un accord en salle.

C’est aussi ce qui distingue le salon de la plupart des grands rendez-vous du secteur des spiritueux, historiquement construits autour du produit fini et de sa dégustation : ici, la bouteille n’est qu’un aboutissement, presque un prétexte, quand l’essentiel se joue en amont, dans les champs de canne, les alambics familiaux et les gestes transmis d’une génération à l’autre.

« Le Mondial du Rhum est né d’une conviction : derrière chaque rhum, il y a une terre. Derrière chaque terre, il y a des femmes et des hommes », résumait Patrick Loger, président-fondateur de l’événement, dont la trajectoire — de salon confidentiel à rendez-vous international soutenu par le ministère des Outre-mer et Atout France — illustre à elle seule la montée en puissance d’une filière longtemps restée dans l’ombre des autres spiritueux.

Reste à voir si cette première salve de distinctions territoriales, aux côtés d’une programmation gastronomique déjà solidement installée, deviendra elle aussi un rendez-vous annuel incontournable, au même titre que les grands prix viticoles ou les classements d’appellations dont s’inspire visiblement le modèle — une manière, pour tout un écosystème longtemps morcelé entre petits producteurs et grandes maisons, de parler enfin d’une seule voix.

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