Chaque année, un concours vient rappeler qu’il existe encore, derrière le comptoir de la boucherie du coin, une exigence de geste et de précision digne des plus grandes disciplines artisanales.
Les 31 mai et 1er juin derniers, le CFA de Vannes, dans le Morbihan, a accueilli la 48e finale nationale du concours « Un des Meilleurs Apprentis Bouchers de France », organisée par la Confédération Française de la Boucherie, Boucherie-Charcuterie, Traiteurs (CFBCT) avec le concours de la fédération bretonne de la profession et de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de Bretagne.
Un rendez-vous vieux de près d’un demi-siècle, qui continue chaque année de mettre en lumière une nouvelle génération de bouchers, formés par la voie de l’apprentissage plutôt que par les bancs de l’école classique.
Deux jours pour délibérer
Vingt-trois apprentis âgés de 16 à 20 ans, issus des sélections départementales puis régionales organisées tout au long du premier semestre, se sont retrouvés à Vannes pour deux journées de compétition intense — privés de téléphone et de tout contact avec l’extérieur, afin de rester concentrés jusqu’au bout.
Un jury de quatorze professionnels, mêlant artisans bouchers en exercice, Meilleurs Ouvriers de France, formateurs de CFA et présidents de syndicats régionaux, a évalué chaque candidat sur l’ensemble des gestes fondamentaux du métier : désossage, séparation des morceaux, parage, ficelage, ainsi que la présentation et la décoration des plateaux de viande.
Un exercice d’autant plus symbolique que la découpe bouchère à la française a rejoint, il y a deux ans, la liste du patrimoine culturel immatériel français — une reconnaissance qui donne au concours une résonance particulière, bien au-delà du simple exercice de style technique.
Trois titres, et une pluie de reconnaissance
Au terme des épreuves, trois apprentis se sont vu remettre le titre tant convoité de « MAF Boucher » : Aaron Doré, formé à la Maison Sauvée à Sens-de-Bretagne, Firmin Martin, de la boucherie La Relève à Bruz, tous deux représentants de la région Bretagne, ainsi que William Aurioux-Floiras, de la boucherie de la Mairie à Fontenay-aux-Roses, pour l’Île-de-France.
Comme le veut la tradition du concours, les trois lauréats seront reçus au Palais de l’Élysée. Deux autres distinctions sont venues récompenser des profils différents : le prix Médicis du meilleur projet professionnel a été décerné à Florian Rouquet, apprenti à la boucherie Mirabella & Fils au Plessis-Trévise, tandis que le prix « Les Valeurs de la filière », remis par les Viandes Limousines Label Rouge et consacré à la capacité des candidats à parler de l’amont de la filière — l’élevage, l’origine des produits —, est revenu à Matéo Rippert, de la Société Alpine de Boucherie à Briançon.
Deux candidats vosgiens pour représenter le Grand Est
Si la région n’est repartie qu’avec deux candidats en lice, elle n’a pas eu à rougir de leur prestation. Félix Lohmuller, 17 ans, originaire de Saint-Dié-des-Vosges et formé chez Fabrice Picavet à la boucherie Top Viandes, ainsi que Jules Renaux, 18 ans, de Neufchâteau, apprenti chez Richard Lemaire à la Boucherie Lemaire, portaient à eux seuls les couleurs du Grand Est dans cette finale nationale.
Deux parcours et deux profils bien différents, mais une même passion assumée pour un métier qui continue, chaque année, d’attirer de jeunes apprentis loin des clichés qui lui collent parfois à la peau.
Jules Renaux a signé la meilleure performance des deux Vosgiens, avec une très belle 5e place au classement national — une consécration pour cet apprenti qui confiait avoir hérité sa vocation de son père, lui-même boucher : « Je suis heureux d’être boucher car j’apprends de nouvelles choses tous les jours. J’aime passer d’un produit brut à un produit transformé, le mettre en valeur et ravir le client. »
Félix Lohmuller, de son côté, disputait sa toute première finale nationale et n’a pas démérité, terminant à la 11e place ex æquo — un résultat solide pour une première expérience à ce niveau de compétition. Passionné par le travail de la matière brute, il résumait ainsi son attachement au métier : « J’aime travailler la matière brute pour en faire quelque chose. J’aime aussi travailler avec mes mains. »
Une filière qui mise sur sa jeunesse pour se renouveler
Au-delà du palmarès, ce genre de concours joue un rôle qui dépasse largement la seule compétition entre apprentis : il s’agit aussi, pour toute une profession confrontée à des enjeux de recrutement et de transmission, de donner à voir des parcours qui donnent envie.
Près de 10 000 apprentis se forment aujourd’hui au métier de boucher à travers les 111 CFA que compte le réseau national — un chiffre qui témoigne d’un secteur loin d’être à l’abandon, porté par des jeunes prêts à sacrifier deux jours sans téléphone pour prouver, devant un jury de professionnels aguerris, qu’ils ont ce qu’il faut pour reprendre le flambeau.
Pour le Grand Est, la performance de Jules Renaux et Félix Lohmuller constitue une belle carte de visite pour la filière régionale, et un signal encourageant pour tous les artisans bouchers vosgiens qui, patiemment, continuent de former la génération à venir.