Yozora, l'adresse étoilée
du Centre Pompidou-Metz
transforme les œuvres en desserts

Article du 15 juillet 2026

Au Centre Pompidou-Metz, le chef étoilé Charles Coulombeau transforme les œuvres exposées en desserts. Une expérience unique, à la croisée de la gastronomie et de l’art contemporain.

 

Un lien inédit entre le musée et la table

Tout est parti d’un constat simple, presque d’une frustration. Charles Coulombeau, chef du restaurant gastronomique Yozora installé au cœur du Centre Pompidou-Metz, regrettait l’absence de lien fort entre le musée et son restaurant – au-delà du mobilier, imaginé par le même designer que le bâtiment. Pourquoi deux entités partageant le même espace, le même souffle créatif, ne dialogueraient-elles pas davantage ? C’est cette question qui a tout déclenché.

Lors d’un vernissage, il franchit le pas : il réalise l’affiche de l’exposition sous la forme d’un dessert. L’effet est immédiat et enthousiaste. « Ça a eu un effet de dingue », confie-t-il. Depuis, il renouvelle l’expérience à chaque vernissage, avant de décider d’aller encore plus loin en intégrant à sa carte une ou deux créations inspirées des œuvres actuellement exposées dans les galeries du musée. Une ou deux fois par trimestre, au rythme des expositions, la carte des desserts de Yozora se renouvelle ainsi pour refléter ce qui se passe de l’autre côté des cimaises.

De la toile à l'assiette : un processus créatif singulier

En ce moment, c’est un tableau monochrome de Louise Nevelson qui se retrouve à la fois sur les murs du musée et dans l’assiette des convives de Yozora.

Avant elle, des œuvres de Katarina Grosse – l’artiste exposée lors de l’ouverture du restaurant -, du peintre et graveur Pierre Soulages, de l’artiste japonaise Yayoi Kusama, et la désormais iconique banane de Maurizio Cattelan ont toutes eu droit à leur version comestible.

Pour concevoir ces desserts, Charles Coulombeau part du visuel et de la texture de l’œuvre. Très sensible à l’art, il s’en imprègne avant de laisser parler son double bagage de cuisinier et de pâtissier.

La ressemblance visuelle est primordiale : le dessert doit évoquer immédiatement l’œuvre qu’il interprète.

Les saveurs, elles, s’inscrivent dans la direction artistique propre à Yozora — agrumes, acidité et umami constituent les signatures culinaires immuables du chef, le fil conducteur qui traverse chacune de ses créations.

Ce n’est pas de l’imitation, c’est une interprétation : chaque dessert existe à part entière, nourri par l’œuvre originale mais doté de sa propre identité gustative.

Le rituel de la dégustation : quand l'art s'invite à table

L’expérience ne se limite pas à l’assiette — elle est soigneusement mise en scène, de la salle à la table. Lorsque vient l’heure du dessert, un chevalet en céramique est déposé devant les convives.

L’œuvre originale y est présentée, accompagnée d’un QR Code et d’explications sur l’artiste et la pièce exposée. Le temps de regarder, de lire, de s’imprégner. Puis arrive le dessert — la version comestible de ce qu’ils viennent de contempler. « On dépose un chevalet en céramique sur la table des convives sur lequel l’œuvre est présentée avec un QR Code et des explications. Puis on vient servir notre version en dessert, ce qui provoque un effet.

Il ne reste plus qu’à transformer l’essai par le goût », décrit Charles Coulombeau avec une formule qui dit tout de la dimension à la fois ludique et sensorielle de la démarche.

L’ampleur que peut prendre cette idée a récemment été illustrée de façon spectaculaire : la semaine dernière, le chef a servi pas moins de 800 bananes de Maurizio Cattelan lors d’un événement organisé au Centre Pompidou de Paris. Une performance gastronomique autant qu’artistique, qui prouve que la frontière entre l’art et la table n’est décidément plus là où on la croyait.

Yazora & Umé : Un lieu, deux univers

Ouvert en juin 2024, le projet de Charles Coulombeau au Centre Pompidou-Metz se déploie en deux restaurants aux identités distinctes, pensés pour des moments différents de la journée. Le midi, la brasserie franco-nippone Umé — dont le nom signifie « prune » en japonais, un clin d’œil à la Lorraine et à ses traditions fruitières — accueille les visiteurs du musée dans un esprit contemporain et accessible, pour prolonger la visite autour d’une table sans cérémonie excessive.

Le soir, l’atmosphère se resserre et s’intensifie. Yozora, dont le nom signifie « ciel étoilé » en japonais, reçoit une vingtaine de convives dans une bulle vitrée panoramique avec vue sur Metz et sa cathédrale gothique. Le tout s’inscrit dans l’architecture lumineuse et organique du bâtiment signé Shigeru Ban — Prix Pritzker 2014 — et Jean de Gastines, dont les lignes courbes et les jeux de lumière naturelle créent un dialogue permanent avec les œuvres exposées dans les galeries adjacentes.

C’est ici que Charles Coulombeau réalise l’accord parfait entre sa passion pour la cuisine nipponne et sa culture culinaire française, récompensé par une étoile au Guide Michelin décrochée seulement dix mois après l’ouverture.

 

Portrait d'un chef entre deux cultures

Né en Normandie, Charles Coulombeau s’est formé chez les plus grands noms de la gastronomie française : Michel Guérard, les frères Ibarboure, la Maison Lameloise. Des maisons d’excellence où l’exigence technique se conjugue avec la créativité. Mais ce qui distingue véritablement le chef, c’est son rapport au Japon.

Ses séjours répétés dans l’archipel ont profondément marqué sa sensibilité culinaire, lui révélant une autre façon de concevoir les saveurs, les textures et le rapport à l’ingrédient — une culture assimilée en profondeur, qui irrigue aujourd’hui toute sa cuisine.

De retour en France en 2020, il reprend La Maison dans le Parc à Nancy et décroche une première étoile Michelin en seulement huit mois — un exploit qui confirme l’étendue de son talent. À Metz, la distinction tombe à nouveau dix mois après l’ouverture de Yozora. Sa cuisine y est définie par une approche à la fois technique, intuitive et poétique, mêlant produits locaux et inspirations nippones dans des assiettes élégantes et lisibles.

En quelques années, Yozora s’est imposé comme l’une des tables incontournables de la scène gastronomique lorraine, participant activement au rayonnement culinaire de Metz et à son attractivité sur la carte des grandes destinations gastronomiques françaises.

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