Mondial du Rhum Awards 2026 :
pour la première fois, ce sont les terres sur le podium

Article du 25 juin 2026

Une cérémonie historique distingue des territoires, pas des bouteilles

Il y a des idées qui changent la façon dont on regarde une filière. Celle qu’a portée le Mondial du Rhum le 9 juin 2026 au Carreau du Temple à Paris en est une : et si, au lieu de récompenser des bouteilles, on récompensait des terres ? Pas des étiquettes, pas des notes de dégustation, pas des millésimes. Des territoires vivants, avec leurs hommes et leurs femmes, leurs savoir-faire accumulés depuis des générations, leurs trajectoires singulières. Une première mondiale, selon les organisateurs. Et à regarder ce qui s’est passé ce soir-là, il y a peu de raisons d’en douter.

C’est dans ce cadre qu’ont été remises les premières distinctions de l’histoire des Mondial du Rhum Awards, en partenariat avec Gault & Millau. Quatre distinctions pour quatre territoires. Quatre catégories qui ne parlent pas de chimie aromatique ni de vieillissement en fût, mais de quelque chose de plus profond : l’écosystème, dans toute sa complexité et sa richesse humaine.

Un événement à sa troisième édition, une idée à son point de départ

Le Mondial du Rhum en est à sa troisième édition. Créé et présidé par Patrick Loger, cet événement se définit lui-même comme la première plateforme internationale dédiée à l’écosystème rhum dans sa globalité. Pas seulement la distillation, pas seulement la dégustation. Tout ce qui fait qu’un rhum existe : la canne, la terre, le climat, les hommes qui plantent et ceux qui distillent, les guides, les mixologues, les restaurateurs, les jeunes en apprentissage qui perpétuent ou réinventent des gestes anciens.

Cette édition 2026, placée sous le thème « Terres et Territoires de Rhum », s’est tenue les 9, 10 et 11 juin au Carreau du Temple, sous le haut patronage du Président de la République. Haïti y était Nation à l’Honneur, une distinction qui n’est pas anecdotique, et qui résonne directement avec l’une des quatre distinctions remises ce soir-là.

Haïti, Terroir : une mémoire qui remonte au XVIIe siècle

La Distinction Terroir a été remise à Haïti, par Hervé Novelli et Olivier Jacob. Elle est allée à une île qui n’a pas besoin d’inventer une histoire : elle en a une, longue, dense, souvent méconnue. Depuis le XVIIe siècle, Haïti abrite l’une des plus anciennes traditions rhumières au monde. Une tradition double, où coexistent production industrielle centenaire et distillation ancestrale au feu de bois. Deux mondes, deux temporalités, un même attachement à la canne et à ce qu’elle peut devenir entre des mains expertes.

Distinguer Haïti pour son terroir, c’est reconnaître que la profondeur historique est une valeur en soi. Dans un marché où le rhum est parfois réduit à ses tendances marketing, à ses packaging soignés et à ses cuvées limitées destinées aux collectionneurs, rappeler qu’il existe des terres où le rhum se fait depuis des siècles selon des méthodes transmises de génération en génération est un acte politique autant qu’un acte de reconnaissance.

La Corse, Innovation : cultiver la canne là où personne ne l'attendait

La Distinction Innovation a été remise à la Corse, et plus précisément au Domaine de Padulone, par Franck Tesson et Juliette Maisonneuve. Depuis 2022, ce domaine mène une expérimentation audacieuse : cultiver la canne à sucre en climat méditerranéen, en irrigation maîtrisée. Ce qui ressemble à un pari agronomique est en réalité une démarche de fond, rigoureuse et documentée, qui interroge les limites géographiques et climatiques de la filière rhum.

La Corse n’est pas une île caribéenne. Elle n’a pas les mêmes latitudes, les mêmes pluviométries, les mêmes sols. Et pourtant, quelque chose pousse. Quelque chose se distille. La distinction Innovation ne récompense pas seulement un résultat, elle récompense une démarche : celle qui consiste à oser tester, à accepter l’échec comme partie du processus, à documenter ce que personne n’avait documenté avant. Dans un secteur où l’innovation est parfois purement cosmétique, Padulone fait quelque chose de rare : il innove dans le vivant.

La Polynésie française, Durabilité : une filière construite depuis les racines

La Distinction Durabilité & Impact a été remise à la Polynésie française, par Yves Jégo, Laurent Sorelet et Nicolas Beaubrun. Le territoire est distingué pour le développement responsable de sa filière rhum pur jus de canne, fondée sur des variétés indigènes et une gestion agro-écologique. Autrement dit, une filière qui ne s’est pas construite en important des modèles extérieurs, mais en partant de ce qui existe localement : les variétés de canne qui poussent là depuis longtemps, les pratiques agricoles adaptées aux réalités de l’archipel, une vision du développement qui ne sacrifie pas l’environnement sur l’autel de la croissance.

La catégorie Durabilité & Impact est peut-être la plus exigeante des quatre. Elle suppose de pouvoir prouver, dans la durée, que les choix faits aujourd’hui construisent quelque chose de viable pour demain. La Polynésie française, avec sa filière encore jeune mais déjà ancrée dans des principes clairs, offre un modèle qui mérite d’être observé de près par d’autres territoires.

La Guadeloupe, Spiritourisme : territoire pilote d'une nouvelle discipline

La Distinction Spiritourisme a été remise à la Guadeloupe, par Olivier Jacob et Hervé Novelli. Le territoire est distingué pour son ambition de structurer le territoire pilote du spiritourisme français, en lien avec le futur Laboratoire national Spiritourisme France. Le mot « spiritourisme » mérite qu’on s’y arrête. Il désigne quelque chose que le monde du vin a théorisé depuis longtemps sous d’autres formes, et que la filière des spiritueux commence à formaliser : l’idée que la visite d’une distillerie, la rencontre avec un planteur, la dégustation dans son contexte d’origine, constituent une expérience de voyage à part entière, porteuse de valeur économique, culturelle et identitaire.

La Guadeloupe est distinguée non pas pour ce qu’elle a déjà accompli dans ce domaine, mais pour la clarté de son ambition et la structuration en cours. Un laboratoire national, un territoire pilote, une méthode. Dans un pays où le tourisme des spiritueux reste encore largement informel et spontané, cette démarche de structuration est précieuse.

Ce que ces quatre distinctions disent de la filière

Pris ensemble, ces quatre territoires dressent une cartographie intéressante de ce que peut être l’excellence dans l’écosystème rhum en 2026. Haïti rappelle que la profondeur historique est irremplaçable. La Corse montre que l’innovation géographique est possible. La Polynésie française démontre que durabilité et qualité ne sont pas contradictoires. La Guadeloupe structure ce qui sera peut-être l’un des moteurs économiques du rhum de demain.

Et surtout, le fait que ces distinctions ne récompensent pas des bouteilles dit quelque chose d’important sur la maturité d’une filière. Récompenser un produit, c’est récompenser un moment. Récompenser un territoire, c’est reconnaître une trajectoire, un engagement, une vision. C’est aussi affirmer que derrière chaque verre, il y a des gens, des terres, des histoires qui méritent d’être connues.

Pourquoi les Mondial du Rhum Awards comptent

Les Mondial du Rhum Awards ne sont pas un prix de plus dans un secteur qui en manque rarement. Ils introduisent une logique différente, celle de la reconnaissance territoriale et humaine, dans un marché souvent dominé par les logiques de marque et de volume. La règle est simple et exigeante à la fois : seuls les territoires représentés physiquement au Mondial du Rhum pouvaient être distingués. Pas de distinction à distance, pas de reconnaissance symbolique accordée depuis un bureau parisien. Il fallait être là, avec ses planteurs, ses distillateurs, ses artisans et ses représentants, pour pouvoir prétendre à une distinction.

Cette exigence de présence dit tout de l’esprit du Mondial du Rhum. L’écosystème rhum se construit dans la rencontre, dans le dialogue, dans la confrontation des pratiques et des visions. Rendez-vous est pris pour la quatrième édition.

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