La Franche-Comté révèle une richesse patrimoniale et culturelle qui mérite toute l’attention des voyageurs curieux. Nichée entre les collines du Jura, les vallées du Doubs et les plateaux boisés, cette ancienne province devenue région Bourgogne-Franche-Comté se découvre au printemps comme un territoire tout à la fois authentique, discret et profondément inspirant.
Une forte identité
La Franche-Comté doit son nom à une longue histoire territoriale. Elle était autrefois la Comté de Bourgogne, puis fut qualifiée de « franche » au sens de terre libre, avant de s’attacher définitivement à la France au XVIIe siècle. Ce passé multicouche se retrouve dans son architecture, ses villes fortifiées et ses musées. Besançon, sa capitale, fut un centre majeur dès l’époque romaine, connu sous le nom de Vesontio, et sa citadelle dessinée par Vauban domine encore la ville, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Le Palais Granvelle, témoignage de la Renaissance dans le Doubs, et le musée du Château des ducs de Wurtemberg à Montbéliard racontent, eux aussi, des chapitres importants de l’histoire européenne. Ces lieux incarnent une identité façonnée par les influences françaises, germaniques et suisses, visible dans les rues, les collections et les traditions locales.
L’art et l’histoire au cœur des musées
La région abrite une diversité de musées qui rendent compte de son esprit et de ses talents. À Ornans, le Musée Courbet, installé dans la maison natale du peintre réaliste Gustave Courbet, expose la vie et l’œuvre de ce maître du XIXe siècle à travers une collection riche et réaménagée. Pour comprendre la vie rurale d’autrefois, l’Écomusée des Maisons comtoises à Nancray invite à déambuler parmi plus de 30 bâtiments traditionnels, témoins de l’architecture et des modes de vie des siècles passés. D’autres lieux, comme le Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon ou le musée du château de Montbéliard, complètent ce panorama culturel.
Les fermes-auberges
Localement, les fermes-auberges façonnées par le climat, l’élevage et la vie montagnarde restent des emblèmes du monde rural de la région.
Historiquement, ces maisons accueillaient voyageurs, colporteurs et ouvriers forestiers, sur les plateaux du Haut-Doubs, dans les vallées jurassiennes, les forêts du massif de la Serre ou les contreforts du Jura. Une grande partie des produits qu’on y trouve provient encore de l’exploitation elle-même ou d’un cercle très restreint de producteurs voisins.
Une table populaire
Si la région se fait plutôt discrète, sa gastronomie est néanmoins connue à travers tout l’Hexagone. Parmi ses plats emblématiques, on retrouve les saucisses de Morteau ou de Montbéliard, fumées au tuyé, le Brési, les volailles de Bresse, la carpe frite, la truite du Doubs, le rösti, la cancoillotte, les rillettes comtoises, des fromages renommés, comme le comté, le Mont d’Or ou le morbier, de nombreux desserts, comme le gâteau de ménage, et des boissons à en avoir le tournis comme la liqueur de sapin de Pontarlier et l’absinthe – entre encore beaucoup d’autres spécialités ! La Franche-Comté se distingue sans conteste par sa gastronomie robuste et authentique.
Découvertes sur le terrain
La Franche-Comté se découvre autant à travers ses paysages que son patrimoine. Les Cascades du Hérisson, dans le Jura, attirent randonneurs et familles grâce à leur succession de chutes d’eau accessibles par des sentiers balisés. Autour de Besançon, les visiteurs peuvent parcourir les ruelles anciennes de la ville, admirer la citadelle inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, ou explorer les villages du Doubs, où patrimoine médiéval et panoramas naturels offrent des balades agréables et variées.
La fée verte, mémoire de Franche-Comté
L’absinthe naît dans les montagnes de l’Est, là où les hivers sont longs et les plantes aromatiques puissantes. À la fin du XVIIIe siècle, dans le Val-de-Travers voisin, la recette traverse la frontière pour s’enraciner en Franche-Comté, notamment autour de Pontarlier. L’armoise y pousse à l’état sauvage, l’eau est pure, le savoir-faire paysan déjà précis : la fée verte trouve ici son berceau français.
Au XIXe siècle, Pontarlier devient la capitale mondiale de l’absinthe. Des dizaines de distilleries s’y installent, exportant leurs flacons jusqu’à Paris, où artistes et poètes, de Verlaine à Toulouse-Lautrec, célèbrent cette boisson enivrante. L’absinthe accompagne la modernité, les révolutions esthétiques et les heures bleues des cafés.
Puis vient la chute. Accusée de tous les excès, interdite en 1915, la fée verte disparaît brutalement des comptoirs. En Franche-Comté, pourtant, la tradition ne s’éteint jamais vraiment. Dans les fermes et les caves, les recettes se transmettent à voix basse, distillées clandestinement comme un héritage fragile.
Il faudra attendre 2011 pour que l’absinthe retrouve officiellement sa place en France. À Pontarlier, les alambics reprennent vie, distillant les herbes locales (grande absinthe, fenouil, hysope, mélisse). Loin du mythe sulfureux, l’absinthe est un patrimoine vivant, emblème d’un territoire qui a su préserver son identité.
Printemps 2026
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