20 mai :
Journée mondiale des abeilles

Article du 20 mai 2026

Chaque année, la journée mondiale des abeilles offre l’occasion de poser un regard différent sur ces insectes discrets qui structurent, en silence, une grande partie de ce que nous mangeons. Le 20 mai : une date instituée par l’ONU en 2018, et qui, cette année encore, mérite qu’on s’y arrête.

Le miracle invisible de la pollinisation

Tout commence par un vol. Une abeille quitte la ruche, attirée par la couleur ou le parfum d’une fleur. En se posant pour collecter le nectar, elle se charge involontairement de grains de pollen, qu’elle transporte ensuite vers une autre fleur de la même espèce.

C’est ce transfert — la pollinisation — qui permet la fécondation des plantes à fleurs et, par conséquent, la production de fruits et de graines. Sans ce mécanisme, la plupart des végétaux ne peuvent pas se reproduire.

Les abeilles ne sont pas les seules pollinisatrices — bourdons, papillons, certaines mouches et coléoptères jouent également ce rôle — mais elles en sont les actrices les plus efficaces et les plus documentées. Une seule colonie peut visiter plusieurs millions de fleurs par jour.

À l’échelle mondiale, on estime que 75 % des espèces végétales cultivées pour l’alimentation humaine dépendent, au moins partiellement, des pollinisateurs.

Ce que nous leur devons dans nos assiettes

Pensez à la cerise griotte d’Alsace, aux fraises de Meistratzheim, aux pommes du piémont vosgien, aux courgettes et aux courges qui garnissent les marchés de plein air dès l’été. Pensez au colza dont est issu l’huile, à la moutarde, aux amandes, aux framboises. Pensez au tilleul dont les fleurs parfument les tisanes du soir.

Tous ces produits, et des centaines d’autres, sont directement tributaires du travail des pollinisateurs.

À l’échelle mondiale, la valeur économique de la pollinisation animale est évaluée à plusieurs centaines de milliards d’euros par an.

En France, les filières fruits et légumes seraient parmi les premières touchées en cas d’effondrement des populations d’abeilles. Ce n’est pas une hypothèse lointaine, c’est un scénario que les apiculteurs et les chercheurs observent, chiffres à l’appui, depuis plusieurs décennies.

Un danger bien réel, et pourtant encore trop sous-estimé

Les abeilles meurent. En masse, et depuis trop longtemps. Les causes sont multiples et souvent conjuguées : les pesticides — en particulier les néonicotinoïdes, dont l’usage reste controversé malgré plusieurs interdictions partielles en Europe — affectent directement le système nerveux des insectes, altérant leur sens de l’orientation et réduisant leur capacité à regagner la ruche.

La pollution atmosphérique perturbe les signaux olfactifs des fleurs, brouillant la communication chimique entre les plantes et leurs pollinisateurs.

La destruction des habitats naturels — prairies, haies, zones humides — prive les abeilles de ressources florales diversifiées. Le parasite Varroa destructor, favorisé par des colonies affaiblies, achève souvent ce que les pollutions ont commencé.

En Alsace, région agricole intensive autant que viticole, la tension est palpable. Des apiculteurs du Bas-Rhin comme du Haut-Rhin témoignent régulièrement de pertes hivernales inquiétantes.

Certains vignerons engagés dans des démarches biodynamiques ont fait de la présence des abeilles un indicateur de la santé de leurs sols. Ce que dit la ruche, dit le territoire.

Agir maintenant

La bonne nouvelle, c’est que les abeilles sont résilientes lorsque les conditions leur sont favorables. Des initiatives locales montrent que la reconquête est possible : plantation de jachères fleuries en bordure de champs, réduction volontaire des traitements phytosanitaires, installation de ruches dans les espaces verts urbains, développement de l’apiculture raisonnée.

À Strasbourg, plusieurs toits d’immeubles et de bâtiments publics accueillent désormais des ruches dont le miel est produit et distribué localement.

Mais ces efforts individuels, aussi louables soient-ils, ne suffiront pas sans une prise de conscience collective à la hauteur de l’enjeu.

La disparition des pollinisateurs n’est pas une crise écologique abstraite, c’est une menace directe sur notre capacité à nous nourrir, sur la diversité de nos assiettes, sur l’existence même des saveurs que nous chérissons.

Ce 20 mai, avant de croquer dans un fruit ou de verser un filet de miel sur une tartine, souvenons-nous à qui nous le devons.

Et nous, que pouvons-nous faire ?

La question de la responsabilité individuelle est souvent source d’inconfort — elle suppose d’admettre que nos choix quotidiens ont des conséquences. Pourtant, dans le cas des abeilles, le lien entre nos habitudes et leur survie est direct, concret, et finalement assez simple à appréhender.

En tant que consommateurs d’abord. Privilégier les fruits et légumes issus de l’agriculture biologique ou raisonnée, c’est soutenir des pratiques qui réduisent l’exposition des pollinisateurs aux pesticides. Acheter local et de saison — au marché, auprès des producteurs du territoire — c’est encourager une agriculture de proximité qui ménage davantage les écosystèmes. Choisir un miel alsacien produit par un apiculteur que l’on connaît, c’est aussi, modestement, contribuer à la viabilité économique d’une filière sous pression.

Dans nos jardins et balcons ensuite. Planter des espèces mellifères — lavande, bourrache, phacélie, thym, sauge — offre aux abeilles des ressources florales que les monocultures intensives ne leur procurent plus. Renoncer aux pesticides de jardinage, laisser une partie de la pelouse pousser librement, installer un hôtel à insectes : autant de gestes accessibles, dont l’impact cumulé, à l’échelle d’un quartier ou d’un village, est loin d’être négligeable.

Notre responsabilité est aussi citoyenne. S’informer sur les pratiques agricoles soutenues par les politiques publiques locales, interpeller les élus sur la préservation des haies et des prairies fleuries, soutenir les associations apicoles de sa région — en Alsace, la Fédération des Apiculteurs du Bas-Rhin et celle du Haut-Rhin proposent des formations et des événements ouverts au grand public. Rien n’oblige à tout faire. Mais chacun peut faire quelque chose.

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