La loi EGalim impose depuis 2022 un objectif de 20 % de produits biologiques dans les cantines françaises. La réalité, elle, s’arrête bien en deçà : selon les données les plus récentes de l’Agence Bio, la restauration collective plafonne autour de 5 à 6 % de produits bio dans ses achats, un chiffre qui stagne depuis plusieurs années malgré la contrainte légale. Et encore, ce taux concerne la restauration collective au sens large.
Dans les quelque 200 000 restaurants commerciaux que compte la France, le bio ne représente qu’à peine 1 % des denrées servies — un secteur resté largement à l’écart du mouvement, malgré une demande des consommateurs qui, elle, ne faiblit pas : 71 % des Français déclarent souhaiter davantage de produits bio à la carte, selon le Baromètre Agence Bio/ObSoCo.
Un écart qui interroge depuis plusieurs années
Cet écart entre l’ambition législative et la réalité du terrain n’est pas nouveau, mais il ne se résorbe pas non plus.
En restauration collective, les achats de produits certifiés AB ont représenté un peu plus de 500 millions d’euros en 2024, en progression en valeur mais toujours nettement sous la barre des 20 % fixés par la loi — avec de fortes disparités selon les secteurs : certaines cantines scolaires et restaurants administratifs dépassent largement l’objectif (jusqu’à 25 à 28 % dans des villes comme Pau, Lyon ou Périgueux), tandis que la restauration hospitalière et médico-sociale, qui représente pourtant près de la moitié des repas servis en collectif, reste très en retrait.
Côté restauration commerciale, la progression reste également timide d’une année sur l’autre, et la certification bio y demeure embryonnaire, avec moins de 150 restaurants certifiés à l’échelle nationale sur un parc qui en compte des dizaines de milliers.
Une étude pour comprendre les blocages
Pour comprendre pourquoi cet écart persiste malgré l’attente exprimée par les consommateurs, l’Agence Bio, en partenariat avec Manger du Sens — déjà associé à l’observatoire « Cuisinons Plus Bio » —, a conduit une étude qualitative approfondie auprès de professionnels de la filière restauration, fournisseurs, grossistes et restaurateurs compris.
Le résultat dresse une synthèse précise et sans détour des freins qui bloquent encore l’intégration du bio dans les assiettes. Le coût des matières premières arrive en tête des obstacles cités, tout comme la difficulté d’approvisionnement en produits bio et locaux à des volumes et une régularité compatibles avec les besoins d’une cuisine professionnelle.
Le manque de formation des équipes en cuisine à la spécificité des produits bio — leur saisonnalité, leur calibrage parfois irrégulier, leur mode de conservation — constitue un troisième frein récurrent, aux côtés d’une demande client jugée encore trop timide ou mal exprimée au moment de passer commande.
Des leviers déjà identifiés pour inverser la tendance
Du côté des solutions, l’étude met en avant plusieurs leviers déjà expérimentés avec succès par des établissements pionniers : mieux informer les restaurateurs sur les bénéfices concrets du bio, mener des campagnes de communication ciblées directement auprès des convives pour mieux faire connaître les efforts engagés, et surtout structurer une offre de produits bio de proximité plus lisible et plus simple à mobiliser pour les professionnels.
Sur le plan économique, les chiffres de l’Ademe apportent d’ailleurs un éclairage rassurant : le coût matière d’un repas ne représente en moyenne qu’entre 20 et 30 % du coût total, ce qui laisse une marge de manœuvre réelle pour introduire davantage de bio sans faire exploser les prix, à condition d’accepter des ajustements sur d’autres postes — moins de viande, plus de produits de saison, une meilleure lutte contre le gaspillage.
Un état des lieux qui tombe à point nommé
Cette synthèse arrive à un moment charnière pour la filière bio française, qui cherche à reconquérir une place durable dans la restauration après plusieurs années de turbulences sur le marché.
Le dernier Baromètre Agence Bio/ObSoCo, présenté au Salon de l’Agriculture 2026, confirme d’ailleurs un début de rebond de la consommation bio à domicile, porté par le retour des préoccupations de santé et d’environnement chez les Français.
Reste à transformer cet appétit retrouvé des consommateurs en repas concrets sur les tables de la restauration, collective comme commerciale — un chantier que ces travaux entendent précisément accélérer, en donnant aux professionnels des clés d’action plutôt qu’un simple constat d’échec.