« On fait des bières débiles, mais on le fait sérieusement. » La formule, revendiquée sans détour par ses créateurs, résume assez bien l’esprit de la Mogwaï Beer Company, microbrasserie installée à Mundolsheim, dans le Bas-Rhin.
Après les goûts tarte flambée, baeckeoffe ou pizza, la brasserie s’attaque cette fois à un monument bien plus discret de la cuisine alsacienne : l’Arôme Maggi, ce condiment liquide que l’on retrouve dans pratiquement chaque placard strasbourgeois.
En collaboration avec L’Ours Mal Léché, cave strasbourgeoise tenue par Charlotte et Simon, Mogwaï a développé Arôme Magique, une Lichtenhainer de blé blond qui pousse très loin le concept de bière culinaire.
Une obsession vieille de quatre ans
Derrière cette création se cache en réalité une idée fixe assumée. Simon, l’un des deux visages de L’Ours Mal Léché, biberonné au Maggi depuis l’enfance, réclamait depuis quatre bonnes années une bière à la livèche à ses camarades brasseurs — cette plante potagère utilisée comme condiment, un peu à la manière du persil, dont l’arôme si particulier constitue justement l’ingrédient magique de la fameuse bouteille Maggi. Mogwaï, qui avait déjà expérimenté une base fumée et légèrement acide sur une précédente création baptisée « Burgercalypse », a fini par céder à l’insistance de Simon.
Le résultat, de l’aveu même de la brasserie, les a « blasés de constater que ça fonctionnait très bien » — les contraignant, disent-ils avec l’autodérision qui les caractérise, à valider ce qu’ils appellent eux-mêmes « ce projet des enfers ».
Une bière étonnamment bien construite
Arôme Magique s’inspire librement de l’univers de l’Arôme Maggi, cette madeleine de Proust bien connue des cuisines alsaciennes, sans jamais tomber dans le gadget pur.
Le style de base, la Lichtenhainer — une bière historique allemande traditionnellement caractérisée par une légère acidité, un fumé discret et une grande buvabilité —, offre un terrain parfaitement adapté à cette réinterprétation culinaire.
Fumée et légèrement acidulée, la bière voit sa base rehaussée par la livèche, qui apporte une dimension végétale et condimentaire unique, tandis que le poivre noir ajoute un relief épicé subtil et qu’une pointe de sel vient compléter la reconstitution aromatique.
Le résultat assumé, selon les mots mêmes de la brasserie : « c’est fumé, c’est acide, c’est salé, c’est poivré, c’est livèché et comme le Maggi, ça accompagne absolument n’importe quel plat. » À 4,1 %, elle reste légère et désaltérante, pensée pour être dégustée fraîche — autour de 6 à 8°C — plutôt que glacée, afin de laisser sa complexité aromatique s’exprimer pleinement à table, en accord avec un plat traditionnel alsacien plutôt qu’en simple bière de comptoir.
Mogwaï, jamais deux fois la même bière
Fondée en 2022 par un trio d’associés — Gaël Stephan, Sébastien Rome et Jean-Philippe Goehry, rejoints depuis par un quatrième compère —, la Mogwaï Beer Company s’est construite sur un principe simple et assumé : ne jamais reproduire deux fois la même recette.
« La vie est trop courte pour brasser deux fois la même bière », résume l’un des associés. Chaque création est donc brassée en quantité limitée puis retirée de la vente une fois l’échéance épuisée, à la seule exception de la SirtaKiss, une Gose façon tzatziki devenue un incontournable de l’été.
Au fil de ses brassins, la microbrasserie a ainsi déjà proposé des versions goût choucroute, apfelstrudel, chili con carne ou encore sapin, sans jamais renoncer à ses incursions plus classiques — NEIPA, IPA, Pale Ale, Sour, Lager, Kölsch, Doppelbock, Stout — qui rappellent que derrière l’humour potache se cache une vraie maîtrise brassicole, portée par une production annuelle avoisinant les 700 hectolitres.
De quoi confirmer que le pari un peu fou d’une « cuisine liquide », comme la définissent eux-mêmes ses fondateurs, a bel et bien trouvé son public.