Ouverture du
Colmar Jazz Festival

Article du 23 septembre 2026

Ce lundi 21 septembre, l’équipe food&good s’est rendue au Théâtre municipal de Colmar pour la soirée d’ouverture du Colmar Jazz Festival, qui célèbre cette année sa 30e édition. Trente ans, le bel âge, comme le résume elle-même la Ville de Colmar : depuis 1996, le festival n’a cessé de grandir, de se réinventer et de gagner en notoriété, sans jamais renoncer à l’ambition qui l’anime depuis ses débuts, inscrire à l’affiche de grandes pointures du jazz tout en mettant en lumière de nouveaux espoirs.

Pour marquer le coup, cette édition anniversaire déploie, du 21 au 26 septembre, cinq soirées de concerts et une dizaine d’événements gratuits ou pédagogiques, entre la Salle Europe, le Théâtre municipal, Le Grillen, la Comédie de Colmar et la Plaine Pasteur, où un concert inédit en plein air vient justement élargir le public du festival au-delà de ses lieux habituels.

Une manière de rappeler que le jazz à Colmar ne s’est jamais figé dans la nostalgie : c’est bien sous les meilleurs auspices que cette soirée d’ouverture a donné le ton de la semaine à venir.

Le Festival fête ses 30 ans !

Tout commence en juin 1996, lorsque Colmar propose pour la première fois un rendez-vous annuel autour du jazz, sous un chapiteau de 300 places dressé dans le parc du Champ-de-Mars, aux côtés de « Jazz en ville », un événement de midi porté par la radio associative Dreyeckland. Dès cette première édition, la programmation s’ouvre à des musiciens venus de France, d’Allemagne, de Suisse, d’Italie, du Danemark, des États-Unis et du Japon, un éclectisme qui restera l’une des marques de fabrique du rendez-vous colmarien.

L’édition 1997 marque un premier tournant : elle voit l’arrivée de grands noms du jazz américain, comme le saxophoniste Johnny Griffin ou le batteur John Betsch. Dès 1998, le festival s’installe pour quinze ans dans l’auditorium du Centre de rencontres, d’échange et de formation (CREF), rue des Jardins, un cadre qui lui permet d’élargir son ambition artistique tout en maintenant un accès libre à la soirée d’ouverture et des tarifs modérés.

En 2001, une soirée est délocalisée chaque année aux Tanzmatten de Sélestat, dans le cadre de la coopération culturelle du Centre Alsace, avant que le festival ne devienne, en 2004, un événement pleinement municipal, doté d’un budget propre. Pour ses 10 ans, en 2006, le rendez-vous a déjà acquis une notoriété certaine auprès de la presse nationale et spécialisée ; la même année, la classe de jazz du Conservatoire à rayonnement départemental de Colmar se produit pour la première fois en ouverture du festival, une tradition qui perdure depuis.

En 2014, les concerts sont transférés dans la nouvelle salle Europe, avec l’apparition des premières masterclasses en accès libre et une retransmission en direct de la soirée d’ouverture par la chaîne locale TV7. Deux ans plus tard, pour ses 20 ans, le festival lance son volet OFF au Grillen, avec une programmation plus pointue, entre dark psyché-jazz, jazz rock progressif et jazz hip-hop organique, et accueille notamment le jazzman Nicolas Folmer et la saxophoniste Géraldine Laurent, Grand Prix de Jazz 2015 de l’Académie Charles-Cros. Depuis, l’action culturelle n’a cessé de prendre de la place dans la programmation, entre masterclasses, ateliers, expositions et conférences.

Xavier Roesch et Ringo Lorier Quartet ouvrent le bal

Pour ce cocktail d’ouverture, l’honneur est revenu au pianiste colmarien Xavier Roesch. Âgé de 34 ans, celui-ci a grandi à Ribeauvillé avant de se former aux conservatoires de Colmar puis de Strasbourg. Une manière tout à fait appropriée de démarrer la soirée, puisque le jazz reste précisément sa spécialité de cœur. Puis, dès 20h, place à la grande soirée jazz manouche, avec le Ringo Lorier Quartet et son programme « Tribute to Django ».

Issu d’une grande famille de musiciens et bercé depuis l’enfance par la musique de Django Reinhardt, Ringo Lorier livre, avec son quartet, un voyage musical qui va du swing manouche au flamenco jazz de Paco de Lucia, avec quelques détours par la bossa nova de João Gilberto, la samba de Baden Powell et le jazz fusion de Carlos Santana. Sur scène, il est épaulé par ses fils Favino Lorier et Cherry Reinhardt, ainsi que par Christophe Reinhardt à la contrebasse. La dextérité impressionnante des deux jeunes guitaristes nourrit des improvisations fougueuses et pleines d’énergie, dans la plus pure tradition manouche, un style que le Ringo Lorier 4tet ira d’ailleurs transmettre, plus tard dans la semaine, aux collégiens de l’établissement Pfeffel de Colmar.

En les regardant jouer, on ne peut s’empêcher de penser à quel point le sens du partage et la générosité relient la musique et la cuisine : le même plaisir donné à transmettre, à voir et à goûter, la même exigence derrière une apparente spontanéité.

Une semaine dense entre têtes d'affiche et jeunes talents

La soirée d’ouverture n’est que le prélude d’une semaine particulièrement riche.

Dès le mardi 22 septembre, place à une soirée jazz blues soul portée par Rhythm Hand Blues, où la chanteuse Émilie Hedou explore la force et la fragilité des engagements féminins, avant une soirée électro jazz le jeudi 24, avec la rencontre entre le saxophoniste Christophe Panzani et le beatmaker 20syl (Hocus Pocus, C2C), en compagnie du collectif suisse The Big Tusk.

Le vendredi 25, China Moses, fille de Dee Dee Bridgewater, partage l’affiche avec la jeune pianiste suisse Manon Mullener, avant que le festival ne se referme, le samedi 26, sur la batteuse et compositrice Anne Paceo et son projet « Atlantis », en duo avec Selma Namata Doyen. Cette dernière propose un solo de batterie tout en cellules répétées et modulées, baptisé « Brötchen », du nom des petits pains en langage vernaculaire du Grand Est, un clin d’œil malicieux à l’identité régionale du festival.

Un festival pensé pour tous les publics

Au-delà de la programmation, cette 30e édition met un point d’honneur sur l’inclusion. Des gilets vibrants, développés par la technologie TIMMPI, sont mis à disposition des personnes sourdes et malentendantes sur certains concerts, sur réservation préalable auprès de la billetterie du Théâtre municipal.

Le festival propose également des concerts chansignés, à l’image de la soirée Rhythm Hand Blues du 22 septembre, où une chansigneuse offre au blues une dimension visuelle et poétique supplémentaire, ainsi qu’un atelier chansigne mené par Christelle Pépin, ouvert à un public mixte, entendant et sourd, pour apprendre à chansigner une chanson en s’amusant. Cette volonté d’ouverture se retrouve aussi dans les nombreuses actions d’éducation artistique et culturelle organisées en marge du festival : un atelier de radio jazz mené avec des adolescents du quartier, un programme baptisé « Ça balance ! » qui donne accès aux balances techniques d’avant-concert pour des publics liés au champ social, ou encore une rencontre entre la pianiste Manon Mullener et les élèves en option musique du lycée Camille-Sée.

Une programmation qui ne se contente donc pas d’aligner de belles têtes d’affiche, mais qui cherche à élargir, très concrètement, le cercle de celles et ceux qui peuvent vivre l’expérience d’un concert.

Avec le soutien de mécènes de la gastronomie locale

Cette édition anniversaire n’aurait pas la même saveur sans le soutien de plusieurs partenaires alsaciens de longue date, à commencer par la maison Wolfberger, dont les vins et crémants accompagnent traditionnellement les soirées du festival.

De son côté, la Brasserie du Grillen, plus qu’un lieu-partenaire, anime aussi les buvettes du festival, dans cet esprit convivial cher à la programmation OFF, le Colmar Jazz Festival allant jusqu’à confier certains soirs la tenue du bar à des associations locales, musicales ou d’intérêt général.

Enfin, clin d’œil amusant à ce trentième anniversaire, la Maison Alsacienne de Biscuiterie, elle aussi partenaire historique de l’événement, est née la même année que le festival, en 1996, de la passion de Jean-Marc Muller pour le patrimoine gourmand alsacien. Bredele, kougelhopfs et pains d’épices ponctuent ainsi, à leur façon, cette semaine de festivités, preuve supplémentaire que la musique et la gastronomie colmariennes ont grandi, depuis trois décennies, à peu près au même rythme.

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