Schiltigheim n’est pas seulement une ville de brasseries. Du mardi 15 septembre au samedi 3 octobre 2026, la Médiathèque Frida Kahlo consacre une exposition à un pan méconnu du patrimoine gourmand de la commune : son histoire de la production de foie gras, incarnée par une figure locale aujourd’hui largement oubliée, Auguste Michel.
Portée par la Ville de Schiltigheim, la médiathèque et l’association Mémoire et Patrimoine, « Une histoire du goût : Schiltigheim et son patrimoine culinaire » est accessible gratuitement, aux horaires d’ouverture habituels de la médiathèque, et s’inscrit dans la programmation des Journées Européennes du Patrimoine.
Auguste Michel, figure historique du foie gras
Né à Strasbourg en 1859 et mort à Schiltigheim en 1909, Auguste Michel reprend, à la suite de son père, la Maison Rouge de Schiltigheim, un établissement que ce dernier dirigeait après avoir été cuisinier du prince Gortchakov en Russie. C’est à partir de 1894 qu’Auguste Michel se spécialise dans la fabrication du foie gras, activité qui lui apporte à la fois aisance financière et notoriété professionnelle. En 1897, il fait l’acquisition du Schloessel, une vaste demeure de Schiltigheim (démolie en 1954) où il transfère ses activités.
Homme cultivé et passionné d’art, Auguste Michel est aussi un mécène généreux, soucieux de réunir autour d’une table bien garnie des artistes et des hommes de lettres. C’est ainsi qu’il fonde, le 29 avril 1896, le Kunschthafe (littéralement, en alsacien, la « marmite des arts »), un cercle de dîners réguliers qu’il crée avec les artistes Léon Hornecker, Alfred Marzolff, Joseph Sattler et l’écrivain Gustave Stoskopf. Trente-cinq de ces banquets, tenus au Schloessel et dont les menus étaient parfois illustrés par les artistes eux-mêmes, sont aujourd’hui répertoriés. Dans une Alsace alors sous occupation allemande, ce cercle affichait un attachement particulier à la culture française.
Auguste Michel a également laissé une trace écrite de sa passion : en 1904, il publie le Manuel des Amphitryons, un traité théorique et pratique sur l’art de recevoir, accompagné de 160 recettes, dont tout un chapitre consacré à l’histoire et aux recettes du pâté de foie gras.
La terrine, pièce maîtresse de l'expo
Au cœur de l’exposition, une terrine de foie gras conçue pour Auguste Michel et décorée par l’artiste alsacien Charles Spindler illustre à elle seule les liens étroits qui unissaient, dans le Schiltigheim de la fin du XIXe siècle, l’industrie alimentaire, la création artistique et la culture de la table.
Autour de cette pièce maîtresse, plusieurs ouvrages anciens retracent l’émergence de la gastronomie comme véritable art de vivre au XIXe siècle : le Manuel des Amphitryons d’Auguste Michel y côtoie La Physiologie du goût de Brillat-Savarin, texte fondateur de la littérature gastronomique française, dont l’œuvre de Michel se revendique l’héritière directe.
Crédits photos : Antoine Wendling