Le 19 octobre dernier, la Collectivité européenne d’Alsace, à Strasbourg, a accueilli la remise des trophées du Gault&Millau Tour Grand Est. Chefs, pâtissiers, sommeliers et professionnels de salle de la région ont été distingués sous le parrainage d’Olivier Nasti. Le Gault&Millau d’Or revient à Paul Stradner, chef de la Villa René Lalique, à Wingen-sur-Moder, noté 17,5/20 et quatre toques. Autour de lui, le palmarès fait la part belle aux tables de caractère.
Le guide, ses trophées et ses partenaires
Rendez-vous des régions, le Gault&Millau Tour rassemble tous les acteurs de la gastronomie des terroirs et de l’hospitalité : les chefs et leurs équipes, les producteurs, les jeunes en formation. Cette étape du Grand Est a également été une occasion de présenter le guide 2027 associé, en librairie depuis le jeudi 22 octobre.
Créé en 1972, le Guide Gault&Millau note chaque année près de 2 500 établissements, et publie par ailleurs 11 versions régionales. L’édition précédente du guide Grand Est recensait 388 adresses réparties dans 128 villes, entre restaurants, hôtels, artisans et vignerons.
Entre démonstrations culinaires, dégustation et talk-show, Olivier Nasti, parrain de l’évènement, Marc Esquerré, rédacteur en chef du guide, Alexis-Olivier Sbriglio, journaliste gastronomique, et Nicolas Stamm-Corby, chef de projet à la CeA, ont échangé sur scène autour du guide, de ses trophées et d’une gastronomie de terroir.
Cette année, le palmarès compte 13 distinctions remises par les partenaires de l’événement : Techniques d’Excellence (Pacojet), Terroir d’Exception (Plantin), Cuisine de la Mer, des Lacs et des Rivières (Kaviari), Prairies et Pâturages (Interbev), Tradition d’Aujourd’hui (Rougié), Pâtissier (Debic), Sommelier (Cave de Ribeauvillé), Accueil (Api & You), Jeune Talent en salle (Jura), Grand de Demain (Robur), Jeune Talent (Sysco), Gault&Millau d’Or (Charvet et De Buyer) et le prix Éloquence.
Les chefs lauréats
Le lundi 19 octobre, la Collectivité européenne d’Alsace, à Strasbourg, a ouvert ses salons à ceux qui font vivre la gastronomie du Grand Est, à l’occasion du Gault&Millau Tour. Sous le parrainage d’Olivier Nasti (La Table d’Olivier Nasti, 19/20, cinq toques), qui tenait déjà ce rôle l’an dernier, la matinée a pris des airs de grand récit régional.
À Oberlauterbach, Zacharie Kraemer a ouvert la Villa K dans son village natal, sur l’ancien potager familial, et partage le trophée Terroir d’Exception avec Lou Abert, sa cheffe exécutive : une cuisine épurée et de saison, tournée vers les produits locaux et le jardin, avec quelques touches japonaises et scandinaves, servie au comptoir face au chef (13/20, deux toques).
À Steige, Yannick Guth, enfant du Val de Villé, a transformé en 2015 une ancienne ferme-auberge en maison à son nom, avec son épouse, Emmanuelle, en salle. Son trophée Prairies et Pâturages trouve son écho dans une carte tournée vers la montagne, où des menus baptisés d’après l’altitude, de l’Altitude 286 à l’Altitude 965, accueillent un canard rosé aux asperges ou un omble chevalier à la sauce carotte-citron. Ce trophée vient auréoler les dix ans de Chez Guth (14/20, deux toques).
À Ribeauvillé, Virginie Jacquet, Ardennaise, et Anish Chourey, né à Bhopal en Inde, ont repris le Relais des Ménétriers en mars 2026. Le trophée Cuisine de la Mer, des Lacs et des Rivières salue leur façon de marier technique et épices indiennes : un carpaccio de sériole à la betterave et au sorbet de mélisse, un bar au fenouil accompagné de perles japonaises préparées comme un khichdi (13,5/20, deux toques).
Sur la scène également : David Degoursy, licencié de lettres, et Jeanne Satori, ingénieure en écologie, ont ouvert de:ja à Strasbourg en 2021 (15,5/20, trois toques). Le trophée Grand de Demain récompense ces deux autodidactes qui créent ensemble chaque plat et défendent une cuisine de territoire, faite de produits sauvages, de petits maraîchers et de vins nature.
Formé à Bangkok au restaurant R-Haan, Khotphan Theerawat, dit « Fem », a reçu des frères Klanklong les clés de Yim, à Altkirch ; son trophée Jeune Talent récompense une cuisine thaïe d’herbes fraîches, de piments et de sauces relevées, dont le Tom Yam Kung est la signature (13/20, deux toques).
À Weyersheim, Joffrey Kientzel et son épouse Marine, pâtissière, ont racheté en mai 2025 l’Auberge du Pont de la Zorn : en gardant les tartes flambées maison tout en ajoutant leur propre cuisine, ils incarnent le trophée Tradition d’Aujourd’hui (13/20, deux toques).
À Verdun, Romane Amadori, Niçoise titulaire d’un BTS cuisine et d’un CAP pâtissier, et Béranger Gosset, formé à Ferrandi et chez Gérard Mulot, ont ouvert Bouche-Bée en 2023 dans une ancienne boutique de téléphonie, avant de se lancer dans la chocolaterie. Ils reçoivent le trophée Pâtissier pour leurs créations originales et leur haute recherche en saveurs.
Christophe Raoux, lui, a suivi la voie royale, du Ritz au Jules Verne, du groupe Ducasse au Peninsula Paris, avant de prendre en 2024 les cuisines du Royal Champagne (15/20, trois toques), devenu palace en 2026. Meilleur Ouvrier de France depuis 2015, il reçoit le trophée Techniques d’Excellence pour une cuisine technique qui s’appuie sur des produits d’exception.
Enfin, né à Graz, en Autriche, Paul Stradner a passé 7 ans à la Schwarzwaldstube et la direction des cuisines du Brenners Park-Hotel. Il rejoint ensuite Jean-Georges Klein à la Villa René Lalique en 2017 et lui succède trois ans plus tard. Le Gault&Millau d’Or récompense, à Wingen-sur-Moder (17,5/20, quatre toques), une cuisine façonnée par ses origines, superbement illustrée par sa Kartoffelnudel : escargots d’Alsace, sauce au raifort inspirée du Sacher viennois pour l’Autriche, pâte de ravioli à la pomme de terre pour l’Allemagne, rehaussé d’agrumes et de vinaigre.
En salle, le talent d’accueillir
De l’autre côté du passe, le palmarès a distingué trois parcours qui prouvent que le service est un art à part entière. Patricia Rothacker, qui a passé 10 ans à l’étranger puis 26 ans chez Montblanc, dirige la salle de la Maison Héritage, à Sessenheim (15/20, trois toques) : le trophée Accueil récompense l’attention et l’élégance avec lesquelles elle reçoit.
Céline Nopre, qui a grandi au-dessus du restaurant de ses parents, en Lorraine, partage aujourd’hui son temps entre pâtisserie et salle à Mademoiselle 10, à Strasbourg ; titulaire d’une mention en sommellerie, elle reçoit avec justesse le trophée Sommelier.
Andréa Bazin, trophée Jeune Talent en salle, a tenu seule la salle et ses 26 couverts de La Mangeoire, à Nonsard-Lamarche (13/20, deux toques), jusqu’à l’arrivée d’un sommelier en 2026.
Enfin, à la Winstub du Chambard, où l’on sert notamment la choucroute et le gibier des chasses du chef, Alyzée Marchal s’est vu remettre le prix Éloquence, révélée par le concours Vocation Sommelier en 2024.