Château de l'Engelbourg

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L'Œil de la Sorcière

À Thann, dans le Haut-Rhin, le château de l’Engelbourg ne se visite plus qu’en ruines. Mais quelle ruine. Sa tour ronde, brisée en plusieurs tronçons lors de sa démolition en 1673, forme depuis lors ce que les habitants appellent l’« Œil de la Sorcière » : une vision à la fois poétique et étrange, parmi les plus photographiées du patrimoine castral alsacien.

 

Le bourg de l’ange

Le château a été construit à partir de 1224, avec diverses extensions jusqu’au XVIe siècle. Son but initial, en plus d’être la résidence du comte de Ferrette, était de surveiller le péage qui régulait le passage dans la vallée de la Thur. Son nom signifie le « bourg de l’ange », en hommage à saint Michel, chef des anges.

La première mention du château date de 1234, lorsque l’empereur Henri VII conféra à l’évêque de Bâle les biens confisqués à Louis de Ferrette, dit le Féroce, après qu’il eut assassiné son père Frédéric II. L’évêque rendit le château en fief à Ulrich II de Ferrette en 1251. La guerre de Trente Ans allait lui être fatale : ayant changé sept fois d’occupant entre 1633 et 1639, il échut en piteux état au cardinal de Mazarin en 1658

La destruction qui créa une icône

À la suite des traités de Westphalie qui rattachèrent l’Alsace à la France, la frontière fut repoussée des Vosges sur le Rhin et le château perdit tout intérêt stratégique. Louis XIV ordonna son démantèlement en février 1673. Le travail fut confié à l’intendant Mathias Poncet de la Rivière, qui le fit exécuter par des mineurs de Giromagny.

Ce n’est qu’à la troisième tentative que la grosse tour se souleva et se brisa en plusieurs parties. L’une d’entre elles retomba pour former l’« Œil de la Sorcière ».

Les locaux surnommèrent les restes du château l’« Œil de la Sorcière » du fait que ce donjon évoque un œil veillant sur la ville, mais aussi en lien avec le passé tumultueux impliquant la ville dans la chasse aux sorcières. Les ruines spectaculaires ont été représentées sur plusieurs gravures romantiques au XIXe siècle et le site est classé monument historique depuis 1898.

Paradoxalement, c’est cette destruction qui a créé l’une des images les plus emblématiques du patrimoine régional.

La collégiale, juste en bas

Le détour par Thann mérite de descendre en ville pour une autre merveille. Après la cathédrale de Strasbourg, la collégiale Saint-Thiébaut est l’un des édifices les plus représentatifs du gothique rhénan en Alsace, réunissant les trois formes du style gothique : primitif, rayonnant et flamboyant. Sa construction, commencée en 1307, s’est poursuivie jusqu’en 1516. Sa flèche culminant à 78 mètres et son grand portail, qui raconte en 512 sculptures sur trois tympans la vie de la Vierge, la naissance et la passion du Christ, en font un arrêt incontournable. Les Thannois se plaisent d’ailleurs à dire : « Strasbourg a le plus haut, Fribourg le plus gros, Thann le plus beau ! »

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